Rabbi Nahman

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LE FILS DU ROI ET LE FILS DE LA SERVANTE QUI FURENT ECHANGES



Il était une fois un roi. Chez lui, vivait une servante de la reine. (Il est probable qu’une cuisinière ne saurait être admise chez le roi; cette servante devait avoir quelque autre tâche mineure). Le moment arriva où la reine dut accoucher d’un enfant. Au même moment, la servante dut aussi accoucher. La sage-femme échangea les enfants pour voir ce qui allait arriver, ce qui allait sortir de tout cela. Elle prit l’enfant du roi et le coucha à côté de la servante. Quant à l’enfant de la servante, elle le coucha à côté de la reine.
Les enfants grandirent. Le " fils du roi " (celui qui avait été élevé chez le roi et que l’on pensait être son fils) fut promu à des fonctions de plus en plus hautes et devint quelqu’un de très important et de très efficient. Le " fils de la servante " (celui qui avait été élevé chez la servante mais qui était en vérité le véritable fils du roi) grandit aussi. Les deux enfants étudiaient ensemble au ‘héder.
Le véritable fils du roi était de par sa nature attiré vers un comportement royal, mais il était élevé chez la servante. A l’opposé, le fils de la servante était poussé par sa nature vers un comportement qui n’avait rien de royal. Mais il était élevé chez le roi et devait se conduire conformément au protocole royal et il ne pouvait pas s’y soustraire.
Etant donné que " les femmes ont l’esprit léger " (Shabbat 33b), et qu’elles ne peuvent pas cacher quoi que ce soit, la sage-femme dévoila le secret à quelqu’un : elle avait échangé les enfants. " Chaque homme a un ami, et ce dernier a un autre ami " (Ketoubot 109b). Ainsi, un homme révéla le secret à un autre homme... et le secret fut connu, comme cela arrive à chaque fois. Les gens finirent par dire à mots couverts que Je fils du roi avait été échangé. On ne pouvait pas en parler ouvertement, afin que le roi n’en sût rien. D’ailleurs, que pouvait-il faire ? Il ne pouvait pas rétablir l’ordre des choses. Il pouvait ne pas croire à tout cela, penser que c’était un mensonge. D’autre part, comment faire l’échange en sens inverse ? On ne pouvait vraiment pas parler de cette affaire ouvertement en présence du roi, mais cela n’empêchaient pas les gens d’en parler entre eux.
Un jour, quelqu’un dévoila le secret au ' fils du roi ’, on disait qu’il avait été échangé :
" Mais tu ne peux enquêter sur cette affaire, ce ne serait pas digne de toi. De toute façon, comment rétablir l’ordre des choses ? Je te raconte tout cela seulement pour que tu sois au courant. Il y aura peut-être un jour un complot contre la monarchie qui risquerait de devenir plus dangereux si cette affaire était connue. Les conjurés pourront dire qu’ils prennent pour roi le fils du roi, celui dont on dit qu’il est le vrai fils du roi. Par conséquent, veille à te débarrasser du jeune homme. "
Tels furent les mots de celui qui parla au fils du roi qui était en vérité le fils de la servante.
Le " fils du roi " commença à comploter contre le mari de la servante (qui était en vérité son propre père) et il s’arrangea pour qu’il eût continuellement des ennuis. Il lui infligeait les pires tourments pour le forcer à partir et à s’exiler avec son " fils’. Tant que le roi était vivant, il n’avait pas grand pouvoir, mais lorsque le vieux roi mourut, et qu’il hérita du royaume, il tourmenta le mari de la servante de plus belle. Il faisait tout en secret, pour que l’on ne sache pas que cela venait de lui, car il n’avait aucun intérêt à ce que la chose fût connue. Il lui infligea donc les pires tourments. L’homme comprit que c’était à cause de l’affaire (les gens disaient que les enfants avaient été échangés).
Cet homme que l’on tourmentait continuellement pour qu’il chasse son " fils’, appela ce dernier et lui raconta toute l’histoire. Puis il lui dit : " J’ai grand pitié de toi car de toute façon, si tu es mon fils, d’une part, j’ai pitié de toi. D’autre part, si tu n’es pas mon fils mais le vrai fils du roi, j’ai encore plus pitié de toi. En effet, celui qui a hérité du royaume veut causer ta perte, à Dieu ne plaise. Par conséquent, tu dois t’enfuir. "
Il se sentit très misérable et malheureux. Cependant, le roi le persécutait sans relâche. Le fils du roi décida donc de s’enfuir. Le père lui donna une grosse somme d’argent et il partit. Il était triste de quitter son pays pour rien et examina sa situation sous tous les angles : " En quoi ai-je mérité d’être banni ? Si je suis le fils du roi, je ne mérite pas l’exil; si je ne suis pas le fils du roi, je ne mérite pas non plus d’être un fugitif pour rien. En quoi suis-je coupable ? " Il était très triste et à cause de cela, il se mit à boire et à fréquenter les maisons de prostitution. C’était ainsi qu’il voulait vivre : se soûler et suivre les désirs de son cœur, parce qu’il avait été exilé sans raison.
Le roi (le faux prince qui avait été échangé et qui était devenu roi) dirigeait son royaume d’une main de fer. Lorsqu’on lui disait que quelqu’un parlait de l’affaire (l’échange des deux enfants) il se vengeait en faisant punir et torturer cette personne. Il gouvernait d’une main de fer.
Un jour, le roi partit chasser des bêtes sauvages en compagnie de ses ministres. Il arriva dans un endroit magnifique où coulait une rivière. Les ministres s’installèrent pour se reposer et il partit se promener. Puis il s’allongea et tout ce qu’il avait fait lui revint à l’esprit : il avait exilé le jeune homme sans raison, car quoi qu’il en fût, si d’une part il était le fils du roi et s’il avait vraiment été échangé, pourquoi l’avait-il forcé à partir sans raison ? D’autre part, s’il n’était pas le fils du roi, il ne méritait pas l’exil, car en quoi avait-il péché ? Le roi médita beaucoup sur cette affaire et fut pris de remords à cause du péché et de l’injustice qu’il avait commis. Il ne savait pas quoi faire. Il ne pouvait en parler à personne pour demander conseil (on a honte de parler de ces choses-là à d’autres). Il resta soucieux et anxieux. Il dit à ses ministres qu’ils allaient rentrer, car il n’avait plus envie de se promener, tellement il était soucieux. Ils rentrèrent et le roi eut beaucoup d’affaires à régler. Il fut très occupé et toute l’affaire disparut de ses préoccupations.
Celui que l’on avait forcé à partir (le vrai fils du roi), et qui avait fait ce qu’il avait fait, dépensa tout son argent. Un jour, il partit se promener seul et il s’allongea. Tout ce qui lui était arrivé lui revint à l’esprit et il se dit : " Comment Dieu a-t-il agi envers moi ? Si je suis le fils du roi, je ne mérite pas tout cela et si je ne suis pas le fils du roi, il n’y a pas de raison pour que je sois un fugitif et un exilé. "
Il se calma et pensa : " ai-je eu raison d’agir de la sorte ? Est-ce qu’il convient à mon rang de me conduire comme cela ? " Il fut très triste et pris de remords à cause de ses mauvaises actions. Puis il retourna là où il vivait et se remit à boire. Cependant, il avait des remords et il était mal à l’aise à cause des regrets et du repentir qui le préoccupaient constamment.
Un jour qu’il était couché, il rêva qu’à un certain endroit une foire se tenait tel et tel jour. Il devait s’y rendre et saisir la première occasion qui s’offrirait à lui, même si cela était au-dessous de sa condition.
Lorsqu’il se réveilla, le rêve était toujours dans son esprit. Il arrive parfois qu’une chose sorte tout de suite de la tête, mais ce n’était pas le cas de son rêve. Pourtant il était difficile pour le jeune homme de faire ce qu’on lui avait dit. Il se remit à boire et refit le même rêve plusieurs fois, et ce rêve le tracassait beaucoup. Un jour, on lui dit en rêve : " Si tu as pitié de toi-même, va à la foire. " Il dut obéir. Il décida de laisser tout l’argent qui lui restait. Il le laissa dans l’auberge où il vivait et il abandonna aussi ses beaux vêtements, et choisit une simple blouse de marchand. Il se rendit dans la ville où se tenait la foire. S’étant levé tôt, il se rendit à la foire. Un marchand l’aborda et lui demanda : " Veux-tu gagner quelque chose ? " Il répondit : " Oui. " Le marchand lui dit : " Je dois conduire un troupeau, et je t’engage. " Il n’avait pas le temps de réfléchir à cette offre, à cause du rêve. Il répondit aussitôt : " D’accord ! "
Il fut engagé par le marchand qui lui donna des ordres, comme un maître donne des ordres à ses serviteurs. Le jeune homme commença à réfléchir à ce qu’il faisait là, car étant de nature délicate, il pensait que ce genre de travail était au-dessous de lui. Et voilà qu’il devait conduire un troupeau, aller à pied à côté des animaux. Mais il était trop tard pour les regrets. Le marchand lui donnait des ordres comme un seigneur. Il demanda au marchand : " Comment vais-je conduire le troupeau tout seul ? " Le marchand répondit : " J’ai d’autres conducteurs de troupeau, tu iras avec eux. " Il lui confia quelques bêtes à conduire. Il les conduisit en dehors de la ville, à l’endroit où les autres conducteurs étaient rassemblés. Ils partirent tous ensemble et il conduisait ses bêtes.
Le marchand les accompagnait à cheval. Il se conduisait avec cruauté, surtout avec le jeune homme, qui avait très peur de cet homme cruel. Il avait peur de mourir si le marchand lui donnait des coups de bâton (le fils du roi était très délicat et il avait peur chaque fois qu’il pensait au marchand). Il conduisait donc le troupeau et le marchand les accompagnait. Ils arrivèrent dans un endroit et on sortit le sac qui contenait le pain destiné aux conducteurs du troupeau, et on leur en donna. On en donna aussi au jeune homme et il mangea. Puis, ils repartirent et traversèrent une épaisse forêt. Deux des bêtes dont le jeune homme avait la charge s’égarèrent dans la forêt. Le marchand invectiva le jeune homme qui partit les rattraper. Les bêtes avancèrent plus loin et il les pourchassa. La forêt était très épaisse et dès qu’il fut entré, les autres conducteurs ne purent plus le voir. Le jeune homme marcha à la poursuite de ses bêtes qui s’étaient échappées. Il les pourchassa longtemps, toujours plus loin, jusqu’au plus profond de la forêt.
Il se dit : " Quoi qu’il arrive, je vais mourir (à cause de la terreur qu’il éprouvait à l’égard du marchand, il pensait que ce dernier allait le tuer s’il revenait sans ses bêtes). Si je reste ici, les bêtes sauvages de la forêt vont me tuer. Mais pourquoi retournerais-je auprès du marchand ? Comment revenir sans les bêtes ? " Il avait très peur. Il reprit donc sa route et poursuivit les bêtes qui s’éloignaient toujours.
La nuit tomba, et il n’avait jamais été confronté à pareille chose : être obligé de passer la nuit seul dans une forêt. Il entendit le rugissement des bêtes sauvages qui criaient comme elles en avaient l’habitude. Il décida de grimper dans un arbre, où il passa la nuit. Il entendit encore les bêtes sauvages qui criaient. Le matin venu, il regarda autour de lui et vit que ses bêtes étaient tout près. Il descendit de l’arbre pour les attraper mais elles s’enfuirent et il les pourchassa. Elles coururent plus loin et trouvèrent de l’herbe à manger. Elles s’arrêtèrent et broutèrent. Il s’avança pour les attraper mais elles s’enfuirent plus loin. Chaque fois qu’il faisait un pas, elles partaient plus loin. Il arriva au plus profond de la forêt, là où vivent les bêtes sauvages qui n’ont pas peur des hommes, car elles vivent loin de toute habitation.
La nuit tomba une nouvelle fois et il entendit le cri des bêtes sauvages. Il eut très peur. Apercevant près de lui un arbre très haut, il y grimpa.
Lorsqu’il arriva en haut de l’arbre, il trouva un homme, et il eut peur. Ils se demandèrent l’un à l’autre : " Qui es-tu ? " " Un homme. Et toi ? " " Un homme. " " Comment es-tu arrivé ici ? "
Il ne voulait pas lui raconter tout ce qui lui était arrivé et il répondit : " C’est à cause des bêtes que je surveillais. Deux d’entre elles sont venues jusqu’ici et c’est la raison pour laquelle je suis ici. Et toi, comment es-tu arrivé ici ? " L’homme qu’il avait trouvé dans l’arbre répondit : " Je suis arrivé ici à cause d’un cheval. J’étais sur mon cheval et je voulus me reposer. Le cheval est parti dans la forêt, j’ai couru après lui pour le rattraper et il est parti encore plus loin, je suis donc arrivé ici. "
Ils décidèrent d’un commun accord de rester ensemble. Ils décidèrent aussi que s’ils arrivaient dans un endroit habité ils resteraient encore ensemble. Ils passèrent tous les deux la nuit dans l’arbre. Ils entendirent les bêtes sauvages qui criaient et rugissaient. Vers le matin, le jeune homme entendit un rire énorme qui se répercutait dans toute la forêt, tellement il était fort. Il faisait même trembler l’arbre. Il fut terrifié par le bruit. Son compagnon lui dit alors : " Je n’ai plus peur de ce bruit, car j’ai passé la nuit ici plusieurs fois et c’est comme cela toutes les nuits. A l’approche du jour on entend ce bruit, et les arbres sont secoués et tremblent. "
Le jeune homme, lui, avait toujours peur et dit à l’autre : " On dirait que cet endroit est celui des démons, car dans les endroits habités on n’entend pas de rires comme celui-ci. Qui a jamais entendu un rire si puissant ? " Soudain, le jour se leva. Ils regardèrent autour d’eux et s’aperçurent que le cheval et les bêtes étaient là. Ils descendirent de l’arbre et se lancèrent à leur poursuite. L’un courait après son cheval, l’autre courait après ses bêtes. Les bêtes partirent plus loin et il les suivit. Le cheval partit plus loin aussi et l’homme le suivit. Le jeune homme et son compagnon s’éloignèrent l’un de l’autre et ne se virent plus.
Puis le jeune homme trouva un sac rempli de pain, ce qui était étonnant, dans un endroit désert. Il mit le sac sur son épaule et repartit à la poursuite de ses bêtes. Il rencontra un autre homme. Il eut d’abord peur puis il fut content d’avoir rencontré un homme. L’homme lui demanda : " Que fais-tu ici ? " Le jeune homme lui posa la même question : " Et toi, que fais-tu ici ? " Il répondit : " Moi ? Mes parents et les parents de mes parents ont vécu ici. Mais toi, que fais-tu ici ? Personne n’est jamais venu dans cet endroit. "
Le jeune homme eut très peur, car il avait compris que l’autre n’était pas un être humain. Il disait que ses parents avaient vécu ici, mais qu’aucun homme n’était jamais arrivé jusqu’à cet endroit. Il était clair que ce n’était pas un être humain. Cependant il ne lui avait rien fait et il était aimable avec lui (l’homme de la forêt ne lui avait fait aucun mal).
L’homme de la forêt répéta : " Que fais-tu ici ? " Il répondit qu’il courait après ses bêtes. Alors, l’homme de la forêt s’écria : " Cesse de courir après tes péchés, car ce ne sont pas des bêtes, mais seulement tes péchés qui te font courir. Assez ! Tu as reçu ta punition. Cesse de les poursuivre ! Viens avec moi, tu atteindras ton but. " Il partit avec lui.
Il avait peur de lui parler et de lui poser des questions, car peut-être que ce genre d’individu pouvait ouvrir sa bouche et l’engloutir. Il le suivit donc, et il rencontra son ami qui courait après son cheval. Il lui fit un signe pour l’avertir que celui qu’il suivait n’était pas du tout un être humain et qu’il ne devait pas avoir affaire avec lui, car ce n’était pas un homme. Mais l’autre, qui courait après son cheval, avait remarqué que le jeune homme avait un sac de pain sur l’épaule. Il l’implora : " Mon frère, cela fait longtemps que je n’ai pas mangé. Donne-moi du pain ! " Le jeune homme répondit : " Dans cet endroit désert, pas question ! Ma vie est précieuse, j’ai besoin de ce pain. " L’autre le supplia de plus en plus : " Je te donnerai n’importe quoi. " (Mais dans la forêt, aucun cadeau ne passe avant le pain).
Il répondit : " Que peux-tu me donner en échange du pain, dans cet endroit désert ? " L’autre lui dit : " Je me mets à ton service, je me vends comme serviteur, comme esclave contre du pain. " Le jeune homme se dit qu’acheter un homme valait bien qu’on lui donnât du pain. Il l’acheta comme serviteur à vie et le fit jurer de le servir pour toujours même s’ils arrivaient dans un endroit habité.
Puis il lui donna du pain et ils mangèrent tous des deux, jusqu’à ce qu’il ne restât plus de pain. Enfin ils se mirent en route et suivirent l’homme de la forêt, l’un derrière l’autre. Le jeune homme se sentait plus à l’aise car il avait un serviteur. S’il devait ramasser quelque chose ou faire une autre chose, il ordonnait à son serviteur de le faire à sa place. Ils suivaient l’homme de la forêt et ils arrivèrent à un endroit qui grouillait de serpents et de scorpions. Le jeune homme eut très peur et il demanda à l’homme de la forêt : " Comment allons-nous passer ? "
Il lui répondit : " S’il n’y avait que cela ! Mais comment vas-tu entrer dans ma maison ? " Et il lui montra sa maison qui était suspendue dans les airs.
Ils suivirent l’homme de la forêt qui les fit passer sains et saufs et les fit entrer dans sa maison. Il leur donna de quoi boire et de quoi manger et repartit. Le jeune homme ordonna à son serviteur de faire ce qu’il lui demandait et l’autre regretta de s’être vendu comme esclave, à cause d’un moment où il avait eu besoin de pain pour manger. Maintenant il avait à manger et à cause d’un seul moment, il était esclave à vie. Il poussa un gros soupir et dit : " Où en suis-je arrivé ? Me voilà esclave ! " Le jeune homme lui demanda : " Quelle est donc ta grandeur passée pour que tu pleures ainsi sur ton sort ? "
Il lui répondit en lui racontant qu’il avait été roi et qu’on avait dit de lui qu’il avait été échangé et qu’il avait forcé son ami à partir. Un jour, il s’était dit qu’il n’avait pas bien agi et il avait eu des remords. Il était constamment pris de remords à cause de la mauvaise action et de la grande injustice qu’il avait commises envers son ami. Une fois, il rêva que son remède était de se débarrasser du royaume et de se rendre là où ses yeux le conduiraient. Ainsi, il réparerait son péché. Il ne voulut pas faire de la sorte, mais ses rêves le hantaient et le harcelaient pour qu’il obéisse et il finit par accepter. Il abandonna la royauté et erra un peu partout pour aboutir ici. Et maintenant il devait être esclave.
Le jeune homme l’avait écouté sans dire un mot et se dit : " Maintenant, je sais comment me conduire avec toi. " L’homme de la forêt revint à la nuit tombée et leur donna à manger et à boire, et ils passèrent la nuit chez lui. Vers le matin, ils entendirent l’énorme rire qui fit trembler tous les arbres et qui les brisa tous. Alors, le serviteur poussa le jeune homme à demander à l’homme de la forêt ce qui se passait. Le jeune homme demanda : " Quel est ce rire puissant que l’on entend à l’approche du jour ? "
Il répondit : " C’est le jour qui se moque de la nuit, car la nuit demande au jour : Pourquoi, quand tu arrives, n’ai-je pas de nom ? Alors le jour éclate de rire et luit. Voilà le rire que l’on entend à l’approche du jour. "
Ce fut une grande merveille pour le jeune homme que le jour se moquât de la nuit. Mais il ne put pas poser d’autres questions, étant donné la façon dont l’autre lui répondait.
Le matin venu, l’homme de la forêt repartit. Ils mangèrent et ils burent. Le soir, l’homme de la forêt revint. Ils mangèrent, burent et passèrent la nuit chez lui. Cette nuit-là, ils entendirent les bêtes sauvages qui criaient et rugissaient sauvagement. Le lion rugissait, le léopard feulait et chaque bête avait un cri différent. Les oiseaux gazouillaient et chantaient, chacun différemment. Le jeune homme et son serviteur eurent peur et n’écoutèrent pas attentivement les sons à cause de leur effroi. Puis ils tendirent l’oreille, écoutèrent attentivement et entendirent une mélodie. Les bêtes chantaient une belle mélodie qui était une grande merveille. Ils écoutèrent encore plus attentivement et entendirent une mélodie extraordinairement belle, une pure merveille. On avait grand plaisir à l’entendre, car comparés à elle, tous les délices du monde ne valaient rien, tellement cette mélodie merveilleuse procurait un grand plaisir à ceux qui l’entendaient.
Ils décidèrent de rester chez l’homme de la forêt, car ils avaient à manger et à boire et un plaisir si merveilleux qu’il éclipsait complètement tous les plaisirs du monde. Le serviteur poussa son maître à demander à l’homme de la forêt ce que c’était.
Le jeune homme lui demanda et l’autre répondit : " Le soleil a fabriqué un vêtement pour la lune. Toutes les bêtes de la forêt ont crié que la lune les comblait de bienfaits, car l’essentiel de la puissance des bêtes sauvages est dû à la nuit. En effet, elles doivent parfois se rendre jusqu’à des endroits habités et elles ne peuvent pas le faire le jour. C’est la nuit que leur pouvoir est le plus grand. Et alors, la lune leur fait une grande faveur, car elle brille pour elles et elles se sont toutes mises d’accord pour composer une nouvelle mélodie en l’honneur de la lune, et c’est cette mélodie que vous entendez. "
Lorsqu’ils surent que c’était une mélodie, ils écoutèrent avec beaucoup d’attention et se rendirent compte que c’était une mélodie merveilleuse de douceur et sublime.
L’homme de la forêt leur dit : " Cela vous étonne ? Figurez-vous que je possède un instrument de musique que j’ai reçu de mes parents et qui est fait avec certains matériaux, certaines feuilles et certaines couleurs. Grâce à cela, lorsqu’on le prend et qu’on le pose sur quelque animal, même un oiseau, il se met aussitôt à jouer cette mélodie. "
Puis le rire se fit à nouveau entendre, ce fut le jour et l’homme de la forêt repartit. Le jeune homme se mit à la recherche de l’instrument. Il fouilla toute la pièce, mais en vain et il eut peur d’aller plus avant. Lui et son serviteur avaient peur de demander à l’homme de la forêt de les conduire dans quelque endroit habité. L’homme de la forêt revint et leur annonça qu’il allait les conduire dans un endroit habité.
Il les emmena et prit l’instrument de musique qu’il donna au vrai fils du roi, en disant : " Je te fais cadeau de l’instrument. Tu sauras comment agir avec ton serviteur. " Ils lui demandèrent : " Où irons-nous ? " Il leur dit de demander le chemin d’un pays appelé : le Sot-Pays et le Sage-Gouvernement.
Ils lui demandèrent : " Par quel côté allons-nous commencer à demander le chemin de ce pays ? " Il leur indiqua une direction du doigt : " Par là. "
Puis il dit au vrai fils du roi : " Va dans ce pays et là-bas tu recouvreras ta grandeur. " Ils partirent.
En chemin, ils eurent très envie de trouver quelque animal pour essayer l’instrument, pour voir s’il allait jouer. Mais ils ne rencontrèrent pas d’animal. Ils pénétrèrent dans une contrée habitée et trouvèrent un animal. Ils posèrent l’instrument sur son dos et l’instrument se mit à jouer la mélodie. Ils marchèrent longtemps et arrivèrent au pays. Le pays était entouré d’une muraille et on ne pouvait entrer dans ce pays que par une seule porte. Il fallait longer la muraille sur de nombreux milles pour arriver à la porte. Ils firent le tour de la muraille et arrivèrent à la porte. Lorsqu’ils se présentèrent devant la porte, on ne voulut pas les laisser entrer, car le roi du pays était mort et il ne restait que le prince. Le roi avait dit dans son testament que le pays que l’on avait appelé jusqu’à présent " Le Sot-Pays et le Sage-Gouvernement " s’appellerait désormais, au contraire, " Le Sage-Pays et le Sot-Gouvernement ".
Quiconque réussirait à rendre au pays son nom primitif, pour qu’on l’appelât du premier nom : " Le Sot-Pays et le Sage-Gouvernement " mériterait de régner sur le pays. C’était pourquoi on ne laissait entrer personne dans le pays, sauf quiconque était susceptible de restaurer au pays son nom primitif. On demanda au jeune homme : " En es-tu capable ? Peux-tu restaurer au pays son nom antérieur ? "
Sûrement n’en était-il pas capable. Ils ne purent donc pas entrer. Le serviteur essaya de persuader son maître de rentrer chez eux. Mais le jeune homme ne voulait pas rebrousser chemin, car l’homme de la forêt lui avait dit qu’en allant dans ce pays il recouvrerait sa grandeur.
Pendant ce temps, un homme à cheval voulut entrer. On ne le laissa pas entrer pour la même raison. Le jeune homme aperçu le cheval de cet homme. Il se dirigea vers le cheval, l’instrument de musique à la main. Il posa l’instrument sur le cheval et l’instrument se mit à jouer la mélodie merveilleuse. L’homme au cheval demanda au jeune homme de lui vendre l’instrument. Il répondit : " Que peux-tu me donner en échange d’un instrument si merveilleux ? "
L’homme au cheval lui répondit : " Que sais-tu faire avec cet instrument ? Tu vas faire quelque tour et gagner quelque pièce. Moi, je peux faire quelque chose de bien mieux que ton instrument. Je sais quelque chose que j’ai reçue des parents de mes parents : je sais être expert en raisonnement. Je sais une chose, reçue des parents de mes parents, grâce à laquelle on peut être expert en raisonnement, comprendre une chose à partir d’une autre chose. Lorsque quelqu’un dit quelque chose, on peut en déduire autre chose, grâce à ce que j’ai reçu. Et ce que j’ai reçu, je ne l’ai dévoilé à personne au monde. Donc, je vais te l’enseigner et tu me donneras cet instrument. en échange ".
Le jeune homme se dit qu’être expert en raisonnement était vraiment quelque chose d’extraordinaire. Il lui céda l’instrument et l’autre lui enseigna comment être expert en raisonnement. Le vrai fils du roi, après être devenu expert en raisonnement, retourna à la porte du pays et comprit qu’il lui serait maintenant possible d’entreprendre de restaurer au pays son nom primitif, car il était maintenant expert en raisonnement. Il sut que c’était possible sans savoir comment. Mais grâce à son savoir dans l’art du raisonnement il comprit que c’était possible. Il décida d’ordonner qu’on le laissât entrer, puis il entreprendrait de restaurer au pays son nom primitif. Qu’avait-il à perdre ? Il demanda aux hommes qui l’avaient empêché d’entrer de le laisser entrer et qu’il entreprendrait la tâche de restaurer au pays son nom primitif. On le fit entrer et on annonça aux ministres qu’un homme s’était présenté pour entreprendre de restaurer au pays son nom primitif. On l’amena devant les ministres, qui lui dirent : " Tu dois savoir que nous ne sommes pas, à Dieu ne plaise, des sots. Mais le roi qui était ici était un sage extraordinaire, à côté de qui nous ne sommes que des sots. C’est pourquoi on appelait ce pays le Sot-Pays et le Sage-Gouvernement. Le roi mourut et il ne resta que le fils du roi. Le prince est lui aussi un sage, mais à côté de nous ce n’est qu’un sot. C’est pourquoi le pays s’appelle maintenant le Sage-Pays et le Sot-Gouvernement. Le roi a dit dans son testament que s’il se trouvait un homme assez sage pour être capable de restaurer au pays son nom primitif, alors que cet homme soit roi. Il dit à son fils que si cet homme se présentait, il devait lui céder le trône, et il deviendrait roi car en comparaison de lui, tous les autres ne seraient que des sots car il restaurerait au pays son nom primitif, le Sot-Pays et le Sage-Gouvernement. Par conséquent, tu dois savoir à quelle tâche tu t’attelles."
Ils lui dirent encore : " Voici comment nous allons déterminer si tu as assez de sagesse pour cette tâche : il y a un jardin qui appartenait au roi, ce roi qui était un grand sage. Ce jardin est une merveille extraordinaire. Des vases en métal, des vases d’or et des vases d’argent y poussent, c’est une véritable merveille. Mais on ne peut pas pénétrer dans le jardin, car dès qu’un homme rentre dans le jardin, il est poursuivi sans répit. Il crie et il ne sait pas et il ne voit pas qui le poursuit. On le poursuit et on le force à sortir du jardin. Nous allons donc voir si tu es un sage, si tu peux pénétrer dans le jardin. "
Il demanda si l’on frappait celui qui entrait. Ils répondirent : " L’essentiel est qu’on le poursuit et qu’il ne sait pas qui le poursuit, et il doit s’enfuir, pris de panique. C’est ce qu’ont raconté les hommes qui ont pénétré dans le jardin. "
Telles furent les paroles que les ministres adressèrent au vrai fils du roi. Il se dirigea vers le jardin et vit qu’il était entouré d’un mur. La porte était ouverte et il n’y avait pas de gardiens, car le jardin n’avait nul besoin de gardiens, personne ne pouvant y entrer. Il se rapprocha du jardin, examina les lieux et vit près du jardin un homme, ou plutôt l’apparence d’un homme. Il regarda d’un peu plus près et remarqua au-dessus de l’homme une plaque sur laquelle était écrit que cet homme avait été roi pendant des centaines d’années et que pendant son règne il y avait eu la paix. Avant son règne et après son règne il y avait eu des guerres, mais pendant son règne il n’y avait eu que la paix.
Comme il était expert en raisonnement, le jeune homme comprit que tout dépendait de cet homme. Lorsqu’on entrait dans le jardin et qu’on était poursuivi, il ne fallait pas s’enfuir, mais il fallait se placer à côté de l’homme et on était sauvé. Qui plus est, en prenant cet homme et en le plaçant dans le jardin, n’importe qui pouvait entrer dans le jardin en paix. Il comprit tout cela car il était expert en raisonnement. Il pénétra dans le jardin. Aussitôt, on se mit à la poursuivre. Il partit se mettre à côté de l’homme qui était au-dehors et grâce à cela sortit sain et sauf. Les autres hommes qui étaient entrés dans le jardin et que l’on avait pourchassés, s’étaient enfuis pris de panique et avaient été frappés à cause de cela. Mais lui était sorti sain et sauf parce qu’il s’était placé près de l’homme.
Les ministres avaient tout vu et ils furent très étonnés qu’il fût sorti en paix. Il donna l’ordre de prendre l’homme et de le placer dans le jardin, ce qui fut fait. Puis tous les ministres entrèrent dans le jardin, se promenèrent et ressortirent en paix.
Ils dirent au jeune homme : " Nous avons vu tout ce que tu as accompli. Toutefois, nous ne pouvons pas te donner la royauté, à cause d’une chose. Nous allons te faire subir encore une épreuve. Le roi avait un trône. Ce trône est très haut. A côté de ce trône, se trouvent des bêtes sauvages et des oiseaux taillés dans le bois. Devant le trône, il y a un lit. A côté du lit, il y a une table. Sur la table il y a une lampe. Du trône partent des chemins paves. Ils partent dans toutes les directions et sont longés par des murs. Personne ne connaît la signification du trône et des chemins. Les chemins mènent vers l’extérieur, et à quelque distance se dresse un lion en or, et si un homme s’approche de lui, il ouvre la gueule et le dévore. Le chemin continue au-delà du lion. C’est la même chose pour tous les chemins qui partent du trône. Par exemple, un chemin part du trône et s’étire dans une direction et à quelque distance se dresse une bête sauvage, un léopard de fer. Et on ne peut pas s’en approcher pour la même raison que l’on ne peut s’approcher du lion. Il en est ainsi pour tous les chemins qui s’étirent et traversent tout le pays. Personne ne connaît la signification du trône, des chemins et des objets. Voilà en quoi consistera l’épreuve que nous allons te faire subir. Arriveras-tu à connaître la signification du trône et de tous les objets ? "
On lui montra le trône et il remarqua qu’il était très haut. Il s’en approcha, l’examina et découvrit qu’il était fait du même matériau dont était fait l’instrument que l’homme de la forêt lui avait donné. Il regarda plus attentivement et remarqua qu’il manquait en haut du trône une sorte de rose. S’il avait cette rose, le trône aurait alors le pouvoir de l’instrument qui, quand on le posait sur le dos d’un animal, avait le pouvoir de se mettre à jouer. Il regarda encore et s’aperçut que la rose qui manquait en haut du trône, se trouvait sous le trône. Si on ramassait la rose et si on la remettait en place en haut du trône, il aurait alors le pouvoir de l’instrument. En effet, l’ancien roi avait tout fait et tout arrangé avec sagesse, afin que l’on ne comprît pas ce qu’il avait voulu signifier, jusqu’à ce que vienne un homme d’une sagesse si grande qu’il pourrait trouver et deviner comment tout changer et tout remettre en ordre comme il le fallait. Pour ce qui était du lit, il comprit qu’il fallait le pousser légèrement. Il fallait aussi déplacer légèrement la table, ainsi que la lampe. Les animaux et les oiseaux devaient aussi être déplacés. Il fallait prendre tel oiseau et le mettre ailleurs. Il fallait remettre tous les objets à leurs places, car le roi avait tout arrangé avec sagesse afin que l’on ne sût pas ce qu’il avait voulu signifier jusqu’à ce que vienne le sage capable de comprendre qu’il fallait tout remettre en ordre comme il le fallait. Il fallait déplacer le lion qui était là où le chemin commençait. Ainsi, il fallait tout déplacer. Il ordonna que tout fût remis en ordre comme il le fallait. Il fallait ramasser la rose et la remettre en haut, il fallait déplacer tous les objets et les remettre à leur place.
Lorsque tout fut terminé, tous les objets se mirent à jouer la merveilleuse et extraordinaire mélodie et tous firent ce qu’ils devaient faire.
On lui donna la royauté. Il fit appeler le fils de la servante et lui dit : " Maintenant, je sais que je suis le vrai fils du roi et que tu es le vrai fils de la servante. "

Autrefois, lorsqu’on parlait de kabbalah, on utilisait le langage de cette histoire.

Cette histoire est une grande merveille. Tout n’est qu’une seule chose : les bêtes, le trône, le jardin. Ce ne sont qu’une seule et même chose. Une fois cela s’appelle comme ceci, une autre fois comme cela.

L’explication de l’histoire est comme le trône que le roi a fabriqué, dont l’essentiel est la sagesse. Il faut savoir tout remettre en ordre. Celui qui est très versé dans les livres saints et qui est un véritable sage peut comprendre l’explication. Mais il faut savoir remettre tout dans le bon ordre. Car parfois la chose a un nom, parfois elle a un autre nom. Heureux celui qui méritera de comprendre cela.

Tout cela, le Rebbe, la paix soi sur lui , en a parlé après avoir raconté l’histoire.

Lundi 2 Janvier 2006
Jean carl Cohen
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1.Posté par UDY OHANNA le 21/12/2007 14:32
C'est très belle histoire. Merci



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