(Rabbénou commença :) " Je vais vous raconter comment on se réjouissait! "
Il était une fois un roi. Ce roi avait un fils unique. Le roi voulait lui transmettre le royaume de son vivant. Il donna une grande fête, et lorsque le roi donne une fête, on s’y amuse beaucoup. La joie fut particulièrement grande en ce jour où le roi, de son vivant, transmettait le royaume à son fils. Tous les princes, tous les ducs, tous les nobles assistaient à cette fête. Le pays était très content que le roi transmette le royaume de son vivant à son fils, car c’était un grand honneur pour le roi. La joie était très grande. Il y avait toutes sortes de festivités : orchestres, pièces de théâtres et autres amusements, bref tout ce qu’il faut pour une fête.
Alors que tout le monde était déjà bien joyeux, le roi se leva et dit à son fils : " Je sais lire dans les étoiles, et j’ai vu qu’un jour tu abdiquerais. Par conséquent veille à ne pas être triste si tu abdiques et sois joyeux. Même si tu es triste je serai joyeux que tu ne sois pas roi. En effet tu ne mériterais pas d’être roi si tu n’étais pas joyeux. Si tu es homme à ne pas être joyeux lorsque tu abdiques, tu n’es pas digne d’être roi. Mais si tu es joyeux, je serai, moi, très joyeux. "
Le prince régna sur le pays avec rigueur. Il nomma des ministres, des ducs, des nobles et créa des armées. Le prince était un sage et il aimait beaucoup la sagesse. Il était entouré de sages éminents et celui qui venait le voir et possédait quelque savoir était bien considéré. Le prince accordait honneurs et richesses aux sages en récompense de leur sagesse. Ce que chacun voulait, il le lui donnait. Voulait-on de l’argent, il accordait de l’argent. Voulait-on des honneurs ? Il les accordait. Tout cela en récompense de la sagesse. Comme le prince aimait beaucoup la sagesse, tous se mirent à étudier les sciences et le pays tout entier s’adonna à l’étude des sciences. Celui qui voulait de l’argent, étudiait les sciences pour avoir de l’argent grâce à cela, et celui qui voulait des honneurs faisait de même. Tous s’adonnaient aux sciences. Le pays oublia l’art de la guerre parce que tous les habitants étudiaient les sciences, et le plus petit d’entre eux eut été un très grand sage dans un autre pays. Les sages de ce pays étaient des hommes d’une sagesse extraordinaire.
Ces sages tombèrent dans l’hérésie à cause des sciences et entraînèrent le prince. Cependant, les gens simples ne furent pas atteints et ne tombèrent pas dans l’hérésie. La science des sages était si profonde que les gens simples ne pouvaient pas s’y plonger et c’est pourquoi ils ne tombèrent pas dans l’hérésie. Par contre, les sages et le prince devinrent hérétiques.
Cependant le prince était bon, car il était né doué de bonté et de bonnes qualités. Il pensait souvent : " Où suis-je ? Que suis-je en train de faire ? " Et il gémissait et soupirait. Il se disait : " A quoi cela rime de se plonger là-dedans ? Qu’est-ce que cela peut me faire ? Où suis-je ? " Et il soupirait. Pourtant, dès qu’il se remettait à utiliser son intelligence, il revenait aux sciences hérétiques. Et cela se reproduisait plusieurs fois. Il se demandait : " Où suis-je ? Qu’ai-je à faire là-dedans ? " Et il gémissait et soupirait. Mais dès qu’il se remettait à utiliser son intelligence, l’hérésie reprenait le dessus.
Un jour, dans un pays, il y eut un exode. Tous les habitants s’enfuirent. Dans leur fuite, ils traversèrent une forêt où ils perdirent deux enfants, un garçon et une fille. Quelqu’un perdit un garçon, quelqu’un d’autre une fille. Ils étaient encore petits, ils avaient entre quatre et cinq ans. Les petits enfants n’avaient pas de quoi manger. Ils pleurèrent et crièrent parce qu’ils n’avaient pas à manger.
Alors, un mendiant qui portait des sacs arriva. Les enfants commencèrent à tourner autour de lui et à s’agripper à lui. Il leur donna du pain et ils mangèrent. Il leur demanda : " D’où venez-vous ? " Ils lui répondirent : " Nous ne savons pas ", car ils étaient encore petits. Il s’éloigna d’eux mais ils lui demandèrent de les emmener avec lui. Il leur dit : " Je ne veux pas que vous veniez avec moi. " Et ils s’aperçurent que le mendiant était aveugle. Ils furent très étonnés qu’étant aveugle il sût où aller. (En vérité, on peut s’étonner de ce que les enfants se soient posé la question, car ils étaient encore petits. Mais comme ils étaient intelligents, ils s’étonnèrent.) Le mendiant leur donna sa bénédiction " Puissiez-vous être comme moi. Puissiez-vous être aussi vieux que moi. " Puis il leur donna encore du pain et s’éloigna. Les enfants comprirent que Dieu Béni-Soit-Il veillait sur eux et leur avait envoyé un mendiant aveugle pour leur donner à manger.
Puis, le pain fut épuisé. Ils se remirent à crier : " A manger ! " La nuit tomba et ils passèrent la nuit où ils étaient. Le matin venu, ils n’avaient toujours rien à manger. Ils crièrent et pleurèrent à nouveau.
Un mendiant qui était sourd, arriva. Ils commencèrent à lui parler mais il montra du doigt et dit : " Je n’entends pas. " Le mendiant aussi leur donna du pain à manger et commença à s’éloigner. Ils voulaient que le mendiant les emmènent mais il ne voulut pas. Et lui aussi leur donna sa bénédiction : " Puissiez-vous être comme moi. " Il leur laissa du pain et s’éloigna. Lorsque le pain fut épuisé, ils se remirent à crier.
Un autre mendiant, qui était bègue, arriva. Ils commencèrent à lui parler et il répondit en bégayant. Ils ne comprirent pas ce qu’il disait, mais lui les comprit. Et ils ne pouvaient pas le comprendre parce qu’il bégayait. Il leur donna aussi du pain et s’éloigna et leur donna sa bénédiction, à savoir qu’ils soient comme lui, et il partit.
Puis un autre mendiant, qui avait le cou tordu, arriva. Le même manège se reproduisit.
Ensuite arriva un mendiant qui était bossu.
Plus tard, survint un mendiant qui n’avait pas de mains.
Et vint un mendiant qui n’avait pas de pieds.
Chaque mendiant leur donna du pain et les bénit en leur souhaitant d’être comme lui.
Lorsque le pain fut épuisé, les enfants se dirigèrent vers un endroit habité et arrivèrent à une route. Ils empruntèrent cette route et arrivèrent à un village. Les enfants entrèrent dans une maison. On eut pitié d’eux et on leur donna du pain. Ils se rendirent dans une autre maison où on leur donna aussi du pain. Ils allaient de maison en maison et ils voyaient que c’était bien : on leur donnait du pain.
Les enfants décidèrent de rester toujours ensemble, et ils se fabriquèrent de grands sacs. Ils allaient dans les maisons, participaient à toutes les fêtes, circoncisions et mariages. Ils continuèrent leur chemin, entrèrent dans des villes. Ils allaient de maison en maison, visitaient les foires, s’installaient avec les mendiants. Ils s’asseyaient sur des bancs, leur sébile à la main. Finalement, les enfants devinrent célèbres parmi tous les mendiants. Tous les connaissaient et savaient qu’ils étaient les petits enfants qui s’étaient perdus dans la forêt.
Un jour, une grande foire eut lieu dans une grande ville. Tous les mendiants, et les deux enfants, s’y rendirent. Les mendiants eurent l’idée de marier les enfants l’un à l’autre. Ils en discutèrent et l’idée leur plut beaucoup. Mais comment faire le mariage ? On décida que, puisque tel jour c’était l’anniversaire du roi, tous les mendiants se rendraient à la fête et mendieraient du pain natté et de la viande. Ils auraient ainsi de quoi célébrer le mariage. C’est ce qui arriva : tous les mendiants se rendirent à la fête et mendièrent de la viande et du pain natté et prirent tout ce qui restait du banquet, viande et pain. Ils s’en allèrent et creusèrent un grand trou qui pouvait contenir cent personnes. Ils le couvrirent avec des poutres, de la terre et des détritus et y entrèrent. Ils installèrent un dais nuptial et célébrèrent le mariage des enfants. Ils se réjouirent beaucoup. Les jeunes mariés étaient aussi très joyeux et ils se rappelèrent les bienfaits que Dieu Béni-Soit-Il leur avait accordés lorsqu’ils étaient dans la forêt.
Ils se mirent à pleurer et à se languir : " Comment retrouver le premier mendiant, l’aveugle, qui nous a apporté du pain dans la forêt ? "
Alors qu’ils se languissaient, le mendiant aveugle les appela :
" Je suis là. Je suis venu à votre mariage et je vous apporte un droshe geshank (cadeau de mariage) : puissiez-vous être aussi vieux que moi ! Je vous avais souhaité d’être aussi vieux que moi. Maintenant je vous apporte cela en cadeau de mariage : être aussi vieux que moi ! Vous croyez peut-être que suis aveugle ? Il n’en est rien. En fait, le monde ne vaut pour moi pas même un clin d’œil. (Il avait l’air d’être aveugle car il ne jetait même pas un coup d’œil sur le monde, car pour lui le monde entier ne méritait pas qu’on le regardât un instant et c’est pourquoi il ne le regardait pas.) Je suis très vieux et cependant je suis jeune et je n’ai pas encore commencé à vivre. Pourtant je suis très vieux et je ne suis pas le seul à le dire, car j’ai l’approbation du grand aigle. Je vais vous raconter une histoire :
Un jour, des hommes partirent sur la mer avec toute une flotte. Une tempête éclata et brisa tous les navires. Les hommes furent sauvés et ils arrivèrent à une tour. Ils montèrent dans la tour et trouvèrent toutes sortes de nourritures et de boissons, des vêtements, tout ce dont ils avaient besoin. Tout était très bien, tous les plaisirs du monde étaient disponibles. Les naufragés décidèrent que chacun raconterait une histoire ancienne, l’histoire la plus ancienne dont il se souvenait depuis qu’il avait commencé à avoir de la mémoire. Il y avait parmi eux des vieux et des jeunes.
Ce fut le plus vieux d’entre eux qui eut l’honneur de parler le premier. Il dit : " Que vais-je pouvoir vous raconter ? Je me souviens du jour où la pomme fut arrachée de l’arbre. " Personne ne comprit ce qu’il avait dit. Mais il y avait parmi eux des sages qui déclarèrent : " C’est vraiment une histoire très ancienne. "
Puis un autre vieillard, un peu plus jeune, eut l’honneur de parler à son tour et il dit : " C’est une histoire ancienne ? Moi, je me souviens de cette histoire et je me souviens même du moment où la lumière brûlait ! " Ils s’écrièrent que cette histoire était bien plus ancienne que la première. C’était d’ailleurs très étonnant, car le deuxième vieillard était plus jeune que le premier et pourtant il se souvenait d’une histoire plus ancienne.
Puis le troisième vieillard eut l’honneur de parler. Il était plus jeune que les deux premiers. Il dit : " Je me souviens du moment ou la constitution du fruit eut lieu, lorsqu’il commença à être un fruit. " On s’écria : " Cela est vraiment une histoire très ancienne ! "
Puis, le quatrième vieillard, qui était encore plus jeune, s’écria : " Je me souviens du moment où l’on apporta la graine pour planter le fruit. "
Le cinquième, qui était bien plus jeune, dit : " Je me souviens même des sages qui ont conçu le fruit. "
Le sixième, qui était plus jeune que le précédent, dit : " Je me souviens même de la saveur du fruit avant qu’elle ne pénétrât en lui. "
Le septième dit : " Je me souviens même de l’odeur du fruit avant qu’elle n’entrât en lui. "
Le huitième dit : " Je me souviens même de l’apparence du fruit avant qu’elle ne se posât sur lui. "
Le mendiant poursuivit sa narration et déclara : je n’étais alors qu’un enfant, et j’étais présent. Je me suis écrié : " Je me souviens de toutes ces histoires et je me souviens de rien. " Tous s’écrièrent : " Voilà une histoire vraiment très ancienne, c’est la plus ancienne de toutes ! " Ils étaient stupéfaits que l’enfant se souvînt plus que les autres hommes présents.
Alors, un grand aigle arriva. Il frappa à la tour et dit : " Cessez d’être pauvres, retournez à vos trésors, servez-vous en ! " Puis il leur dit de sortir de la tour, le plus vieux devant sortir le premier, et il les emmena loin de la tour. Il avait d’abord fait sortir l’enfant qui était en vérité le plus vieux de tous. Il avait donc fait sortir le plus jeune en premier. Le vieillard le plus âgé sortit le dernier. En effet, le plus jeune était le plus vieux puisqu’il avait raconté l’histoire la plus ancienne. Et le vieillard le plus âgé était le plus jeune de tous.
Le grand aigle leur dit : " Je vais vous expliquer toutes les histoires. Celui qui a dit se souvenir du moment où la pomme fut arrachée de l’arbre voulait dire qu’il se souvenait du moment où son cordon ombilical fut coupé. Il se souvient de ce qu’on lui a fait à sa naissance. Celui qui a dit se souvenir du moment où la lumière brûlait, voulait dire qu’il se souvient du moment où il était dans le ventre de sa mère et de la lumière qui brûlait au-dessus de sa tête (il est dit dans la Guemara -Niddah 30b- qu’une lumière brûle au-dessus de la tête de l’enfant qui est dans le ventre de sa mère). Celui qui a dit se souvenir du fruit en devenir voulait dire qu’il se souvenait du moment où son corps était en cours de formation, lorsque l’enfant commence à être créé. Celui qui se souvient du moment où la graine fut apportée pour planter le fruit veut dire qu’il se souvient du moment où la goutte fut émise. Celui qui se souvient des sages qui ont conçu la graine, veut dire qu’il se souvient du moment où la goutte était encore dans le cerveau. Celui qui se souvient de la saveur, veut parler de Néfesh (instinct). Celui qui se souvient de l’odeur, veut parler de Roua’h (esprit). Et l’apparence, c’est la Néshamah (âme). Quant à l’enfant qui a dit se souvenir de rien, il est plus grand que vous, car il se souvient même de ce qu’il y avait avant Néfesh, Rouach, Néshamah. C’est pourquoi il a déclaré se souvenir de ’Rien’. " Puis le grand aigle leur dit : " Retournez vers vos navires (c’est A dire les corps qui s’étaient brisés et allaient se reformer), retournez donc vers eux ! " Et il les bénit. Puis il me dit : " Toi, viens avec moi, car tu es comme moi, tu es très vieux et très jeune. Tu n’as pas encore commencé à vivre et cependant tu es très vieux. Et je suis comme cela aussi, car je suis très vieux et je suis jeune. "
J’ai donc l’approbation du grand aigle pour dire que je suis très vieux et tout jeune. Maintenant, je vous donne cela en cadeau de mariage : être aussi vieux que moi ! "
La joie et l’allégresse furent grandes et tous se réjouirent.
Le deuxième jour des sept jours de réjouissances, les jeunes mariés se souvinrent de l’autre mendiant, le sourd, qui les avait nourris en leur donnant du pain. Ils se languissaient : " Comment faire venir le mendiant sourd qui nous a nourris ? " Alors qu’ils se languissaient, il arriva et dit : " Je suis là ! " Il se précipita sur eux, les embrassa et leur dit :
" Je vous apporte votre cadeau : être comme moi toute votre vie. Puissiez-vous avoir une vie heureuse comme la mienne. C’est ainsi que je vous avais bénis, et maintenant je vous offre ma vie heureuse comme droshe geshank. Vous croyez que je suis sourd. Je ne suis pas sourd, mais le monde entier ne mérite pas que j’entende ses défauts. Tous les bruits du monde ne sont que défauts. Chacun crie à cause de son défaut, de ce qui lui manque. Même les joies du monde ne viennent que des défauts, car on se réjouit d’avoir obtenu ce qui nous manquait. Le monde ne mérite pas que j’entende ses défauts. Je mène une vie heureuse car je ne manque de rien. Et j’ai l’approbation du pays de la richesse pour dire que je mène une vie heureuse. " (Il menait une vie heureuse car il mangeait du pain et buvait de l’eau).
" Je vais vous raconter une histoire. " II raconta l’histoire suivante :
" Il existe un pays rempli de richesses. Ses habitants possèdent de grands trésors. Un jour, ils se réunirent et chacun vanta la vie heureuse qu’il menait, en détail. Je leur dis alors :
" Je mène une vie plus heureuse que la vôtre. En voici la preuve : si vous menez une vie heureuse, aidez ce pays qui avait un jardin. Dans ce jardin, il y avait des fruits qui avaient toutes les saveurs du monde et tous les parfums du monde. Il y avait dans ce jardin toutes sortes de choses belles à voir, toutes les couleurs et toutes les fleurs du monde. Il y avait tout dans ce jardin. Il y avait un jardinier qui prenait soin du jardin, et le pays vivait heureux grâce au jardin. Mais le jardinier disparut. Tout ce qui se trouvait dans le jardin ne pouvait plus continuer à pousser car il n’y avait plus de jardinier pour s’occuper du jardin et faire ce qu’il y avait à faire. Cependant, les habitants avaient pu continuer à vivre grâce au regain. Un roi cruel arriva mais il ne put rien leur faire. Alors il détruisit le bonheur dont les habitants jouissaient grâce au jardin. Il ne détruisit pas le jardin mais laissa dans le pays trois bandes de serviteurs et leur dit de faire ce qu’il leur avait ordonné. Et à cause de ce qu’ils firent, à cause de ce que le roi leur avait ordonné, ils corrompirent le sens du goût. Celui qui voulait goûter quelque chose, ne sentait qu’un goût de charogne. Ils corrompirent l’odorat de telle sorte que tout avait l’odeur du galbanum. Et ils corrompirent le sens de la vue et la vision des habitants s’obscurcit, comme si tout était entouré ou recouvert de nuages. Maintenant, si vous menez une vie heureuse, venez en aide à ce pays. Je peux vous dire ceci : vous ne pourrez pas l’aider, car vous allez être corrompus. Tout ce qui est arrivé au gens de ce pays vous arrivera : votre goût, votre odorat et votre vue seront corrompus. "
Les riches se levèrent et partirent pour le pays et je les accompagnai. En chemin, ils menèrent bonne vie car ils avaient leurs trésors. Mais en s’approchant du pays, ils se corrompirent. Ils sentirent que leurs sens se corrompaient. Je m’écriai : " Si déjà, alors que vous n’êtes pas encore entrés dans le pays, votre goût, votre vue et votre odorat se corrompent, qu’est-ce que ce sera quand vous entrerez ! Comment pourrez-vous aider ce pays ? " Je pris de mon pain et de mon eau et leur en donnai. Ils goûtèrent dans mon pain et dans mon eau toutes les saveurs et ce qui était corrompu en eux redevint normal.
Les habitants du pays où se trouvait le jardin cherchaient le moyen de réparer ce qui était corrompu en eux. Comme il existait un pays de la richesse, ils se dirent que leur jardinier, qui avait disparu, était de la même souche que les habitants de ce pays qui menaient une vie heureuse. Ils décidèrent d’envoyer des émissaires dans ce pays pour demander de l’aide.
Ils envoyèrent ces émissaires qui partirent et rencontrèrent les autres (les gens du pays de la richesse qui se rendaient dans le pays du jardin), qui leur demandèrent : " Où allez-vous ? " Ils répondirent: " Nous allons voir les habitants du pays de la richesse pour demander de l’aide. " Ils répondirent : " Nous sommes les habitants du pays de la richesse et nous allons chez vous. " Je dis alors : " Vous avez besoin de moi car vous ne pouvez pas aller chez eux et les aider. Restez ici. Je partirai avec les émissaires pour aider les habitants. "
Je partis avec les émissaires et arrivai dans le pays. J’entrai dans une ville et je vis arriver des hommes. L’un deux fit une plaisanterie. D’autres gens arrivèrent et il y eut tout un groupe de gens qui plaisantaient et riaient. Je tendis l’oreille et je les entendis proférer des obscénités. L’un faisait une plaisanterie obscène que l’autre rendait plus obscène et il riait et en tirait grand plaisir, comme cela se passe d’habitude.
J’allai plus loin, dans une autre ville. Je vis deux hommes qui se querellaient en affaires. Ils se présentèrent devant un Beth-Din qui trancha : celui-ci est innocent, celui-là est coupable. Les deux hommes sortirent et recommencèrent à se quereller. Ils dirent qu’ils n’acceptaient pas la décision de ce Beth-Din et qu’ils en voulaient un autre. Ils choisirent un autre Beth-Din et exposèrent leur affaire. Puis, l’un d’eux se querella avec un autre homme et ils choisirent encore un autre Beth-Din. Ils recommencèrent à se quereller, et à chaque fois ils choisissaient un nouveau Beth-Din. Finalement, la ville fut pleine de Bathé-Dinim. J’observai attentivement et je me rendis compte que c’était l’absence de vérité qui causait tout cela. Parfois le Beth-Din favorisait tel plaideur et tranchait en sa faveur parce que les juges prenaient des pots-de-vin et il n’y avait dans ces juges aucune vérité.
Puis je vis que les habitants se complaisaient tous dans la luxure qui était chose tellement courante chez eux qu’ils la considéraient comme permise. Je leur dis alors que c’était à cause de cela que le goût, la vue et l’odorat étaient corrompus. En effet, le roi cruel avait lâché dans le pays trois bandes de serviteurs qui devaient parcourir le pays et le corrompre. Ils avaient parcouru le pays et raconté des obscénités et ainsi l’obscénité était entrée dans le pays. A cause d’elle, le sens du goût avait été corrompu et tout avait un goût de charogne. Ils avaient introduit la corruption et à cause d’elle la vue des habitants s’était corrompue et tout leur paraissait sombre, car il est écrit : " la corruption aveugle les yeux des sages " (Deut. 16,19). Les serviteurs avaient aussi introduit dans le pays la luxure qui avait corrompu l’odorat, car la luxure corrompt l’odorat. (Voila pourquoi le roi cruel avait lâché dans le pays trois bandes de serviteurs à qui il avait ordonné de parcourir le pays et d’y introduire ces trois transgressions qui avaient corrompu les sens de la vue, du goût et de l’odorat.)
" Par conséquent, occupez-vous de faire revenir le pays dans le droit chemin et corrigez ces trois transgressions. Recherchez ces hommes et expulsez-les. Ainsi, vous purifierez le pays de ces trois transgressions. Et je peux vous dire que non seulement vous recouvrerez la vue, le goût et l’odorat, mais vous retrouverez le jardinier disparu. "
Ils firent ce qu’on leur avait dit et purifièrent le pays. Ils recherchèrent les hommes du roi et en capturèrent un. Ils lui demandèrent : " D’où viens-tu ?" Ils finirent par capturer tous les hommes du roi cruel et ils les expulsèrent. Ils purifièrent le pays de ses transgressions. Puis, il y eut un tumulte : " Peut-être le fou est-il le jardinier ? "
En effet, il y avait un homme qui errait et disait être le jardinier. Tout le monde pensait qu’il était fou et on lui lançait des pierres et on le chassait. " Peut-être s’agit-il du jardinier ! " On partit à sa recherche et on le ramena. Je dis alors : " Il n’y a pas de doute, c’est bien le jardinier ! "
Ainsi, j’ai l’approbation de ce pays et je peux dire que je mène une vie heureuse car j’ai corrigé ce qui n’allait pas dans ce pays et les habitants ont même retrouvé le jardinier et ils ont recommencé à mener une vie heureuse. Aujourd’hui je vous fais cadeau de ma vie heureuse. "
La joie et l’allégresse furent grande. Tous furent joyeux. Le premier mendiant leur avait offert une longue vie et le second, une vie heureuse. Tous les autres mendiants vinrent au mariage et leur apportèrent un droshe geshank. Ce qu’ils leur avaient souhaité, qu’ils puissent être comme eux, ils leur apportèrent en cadeau de mariage.
Le troisième jour, les jeunes mariés se souvinrent, pleurèrent et se languirent : " Comment faire venir le troisième mendiant, celui qui bégayait ? " A ce moment, il arriva et dit : " Je suis là. "
Il se précipita vers eux pour les embrasser et leur dit : " Je vous avais bénis pour que vous soyez comme moi. Aujourd’hui je vous apporte un droshe geshank : être comme moi ! Vous pensez que je bégaye. Je ne bégaye pas du tout, mais les paroles des hommes qui ne sont pas louanges du Très-Haut, sont imparfaites. (C’est pourquoi il semblait bégayer, ne pas pouvoir parler, car il ne voulait pas prononcer une parole profane, une parole qui ne fût pas une louange de Dieu Béni-Soit-Il. Toute parole qui n’est pas une louange de Dieu Béni-Soit-Il est imparfaite. Voilà pourquoi le mendiant bégayait.) En vérité, je ne bégaye pas. Au contraire, je suis éloquent et je parle très bien. Je suis un orateur extraordinaire. Je peux dire des allégories, des chants et des poèmes merveilleux. Lorsque je commence à réciter mes allégories, mes chants et mes poèmes, il n’est pas de créature au monde qui ne puisse et ne veuille m’écouter, car tout ce que je dis est composé avec beaucoup d’art. J’ai l’approbation de ce grand homme qui s’appelle le Véritable Homme Charitable :
Un jour, tous les sages étaient réunis. Chacun se vantait de sa sagesse. L’un d’eux disait que grâce à sa sagesse, il avait inventé le fer. C’est-à-dire qu’il avait donné au monde le moyen de fabriquer du fer à partir de la terre. Un autre se vantait d’avoir inventé un autre métal. Un autre encore se vantait d’avoir inventé l’argent, grâce à sa sagesse, ce qui était déjà plus important. Un autre se vantait d’avoir inventé l’or. Un autre se vantait d’avoir inventé les armes, fusils et canons et tout le reste. Et un autre se vantait d’avoir trouvé le moyen de fabriquer les métaux autrement qu’avec leurs composants habituels. Un autre se vantait de connaître d’autres sciences, car beaucoup de choses ont été inventées grâce aux sciences, comme le salpêtre, la poudre et autres. Alors, l’un d’eux s’écria : " Je suis plus intelligent que vous, car je suis intelligent comme le jour. " On ne comprit pas ce qu’il voulait dire par ces mots " intelligent comme le jour’. Il dit : " On peut prendre toutes vos sciences et il ne restera rien d’elles, si ce n’est une heure. Chaque science a son origine dans un jour différent, selon la création qui eut lieu en ce jour, car toutes les sciences ne sont que combinaisons. (Pour fabriquer quelque chose, on combine plusieurs éléments. C’est pourquoi chaque science emprunte au jour où Dieu a créé les éléments auxquels on emprunte les matériaux qui sont ensuite combinés avec art pour fabriquer ce que l’on désire, l’argent, le cuivre et le reste.) Par conséquent, on peut mettre ensemble avec sagesse toutes vos sciences et elles ne vaudront pas plus d’une heure alors que moi, je suis aussi intelligent qu’un jour entier. " Je lui dis alors : " Comme quel jour ? " Il répondit : " Ah, celui-ci est plus intelligent que moi, car il me demande " comme quel jour ?’. Disons que je suis aussi intelligent que le jour de votre choix. "
(Toutefois, une question se pose : en quoi cet homme est-il plus intelligent parce qu’il a demandé " comme quel jour ? " Mais ceci est toute une histoire...)
Le mendiant reprit son récit : " Le Véritable Homme Charitable est un grand homme, et moi, je parcours le monde et je rassemble tous les actes de charité et ensuite je les lui apporte. Le principe du temps (c’est-à-dire que le temps existe, 1es années et les jours, cela est dû à Dieu Béni-Soit-Il n’existe que grâce aux actes de charité. Et je vais récolter tous les vrais actes de charité que j’apporte ensuite au Véritable Homme Charitable. Et il en fait le temps.
Il y a une montagne. Sur cette montagne il y a une pierre. De cette pierre, sort une source. Chaque chose a un cœur. Le monde tout entier a lui aussi un cœur. Le cœur du monde possède une stature complète, avec un visage, des mains, des pieds... Cependant, l’ongle du pied du cœur du monde possède l’essence du cœur plus que tout autre cœur. La montagne où coule la source se dresse à une extrémité du monde et le cœur du monde se trouve à l’autre extrémité du monde, en face de la source. Il désire ardemment pouvoir arriver à la source et il languit. Et ce désir et cette langueur sont extraordinaires. Le cœur crie toujours, car il veut arriver jusqu’à la source. La source elle-même désire le cœur. Le cœur a deux maladies : le soleil qui le pourchasse et le brûle, et le désir et la nostalgie qu’il éprouve à cause de la source qu’il veut atteindre. Il est toujours à l’opposé de la source et il crie continuellement : " Au secours ! " Et il languit beaucoup d’atteindre la source. Cependant, il doit parfois se reposer et cesser un peu de haleter. Alors, vient un oiseau qui déploie ses ailes au-dessus de lui et le protège du soleil. Le cœur se repose un peu. Cependant, même lorsqu’il se repose, il regarde dans la direction de la source et se languit. Mais s’il se languit ainsi, pourquoi ne va-t-il pas retrouver la source ? Dès que le cœur veut se rapprocher de la montagne où coule la source, il ne voit plus le sommet de la montagne et il n'aperçoit plus la source. Et quand il n'aperçoit plus la source, il se meurt, car le cœur tire toute sa force vitale de la source. Lorsqu’il se trouve à l’opposé de la montagne, il voit son sommet, où se trouve la source. Mais dès qu’il veut aller sur la montagne, il ne voit plus le sommet (lorsqu’on est loin d’une haute montagne, on en voit le sommet et lorsqu’on se rapproche, on ne le voit plus). Il ne voit plus la source et il risque de mourir, à Dieu ne plaise. Et si le cœur mourait, à Dieu ne plaise, le monde serait détruit car le cœur est la vie de toute chose, et comment le monde pourrait-il subsister sans le cœur ? C’est à cause de cela que le cœur ne peut aller vers la source. Il reste toujours en face et il crie et languit de pouvoir aller vers la source. Cette source n’a pas de temps, elle n’est pas dans le temps, elle ne connaît pas les jours et le temps qui s’écoule, car elle est plus haute que le temps du monde.
Mais comment la source peut-elle exister dans le monde (car rien n’existe sans le temps) ? Tout le temps de la source ne vient que de ce que le cœur lui offre un jour en cadeau. Si ce jour finissait, s’il s’en allait, la source n’aurait plus de temps et elle disparaîtrait du monde. Et si la source n’existait pas, le cœur mourrait, à Dieu ne plaise, et le monde entier disparaîtrait, à Dieu ne plaise. Lorsque le jour touche à sa fin, le cœur et la source se mettent à chanter ensemble, à réciter des allégories, des chants et des poèmes. Ils chantent l’un pour l’autre de belles allégories et de beaux poèmes, avec beaucoup d’amour et de nostalgie. Le cœur chante pour la source, la source chante pour le cœur. Et le Véritable Homme Charitable perçoit tout cela et veille. Lorsque le jour touche à sa fin et risque de mourir (si le jour s’en allait, si la source n’avait plus de jour, elle disparaîtrait et, à Dieu ne plaise, le cœur mourrait et, à Dieu ne plaise, le monde serait détruit), le Véritable Homme Charitable fait cadeau d’un jour au cœur, et le cœur fait cadeau de ce jour à la source qui a de nouveau un temps (et le jour peut à nouveau faire subsister la source et le cœur aussi peut subsister). Lorsque le jour vient d’où il vient, il va avec des allégories et de beaux chants qui renferment toutes les sciences. Il y a des différences entre les jours : il y a dimanche, lundi... et il y a Rosh-‘hodesh et les jours de fête. Et tout le temps que le Véritable Homme Charitable possède, il le possède grâce à moi qui vais rassembler toutes les véritables actions charitables grâce auxquelles le temps existe.
(Voila pourquoi le mendiant bègue est plus intelligent que le sage qui se vante d’être aussi intelligent que le jour de son choix, car le temps et les jours existent grâce à lui; c’est lui qui rend possibles les jours avec les chants et les allégories qui renferment toutes les sciences). Donc, le principe de l’existence du temps, avec les allégories et les chants, qui renferment toutes les sciences, est dû au bègue.
C’est ainsi que j’ai reçu l’approbation du Véritable Homme Charitable. Je peux parler par allégories et je peux réciter les chants qui renferment toutes les sciences. Aujourd’hui, je vous offre en droshe geshank de pouvoir être comme moi. "
La joie fut grande et tous se réjouirent. Les réjouissances de la journée se terminèrent et la nuit s’écoula.
Le matin venu, ils se souvinrent et languirent de revoir le mendiant qui avait le cou tordu. Alors, il entra et dit : " Je vous avais bénis et je vous avais souhaité d’être comme moi. Aujourd’hui, je vous donne en droshe geshank d’être comme moi. Vous croyez que j’ai le cou tordu. C’est le contraire : mon cou est droit. Cependant, le monde est rempli de vanité et je n’en veux pas. (C’est pourquoi il semblait que son cou fût tordu, car il ne voulait pas partager les vanités du monde et il détournait la tête.) En vérité j’ai un très beau cou, il est très bien, et j’ai aussi une bonne voix. Avec ma voix, je peux imiter tous les sons du monde, même le timbre d’une voix. J’ai un très bon cou et une très bonne voix, le pays peut en attester :
En effet, il existe un pays où tout le monde connaît bien l’art musical. Tout le monde se consacre à la musique, même les petits enfants. Il n’y a pas un seul enfant qui ne sache jouer de quelque instrument de musique. Le plus petit, dans ce pays, serait le plus grand des musiciens dans un autre pays. Les sages et le roi de ce pays, ainsi que ceux qui jouent dans des orchestres, sont des musiciens extraordinaires. Un jour, les sages du pays s’étaient réunis, et chacun se vantait de son art. Celui-ci se vantait de savoir jouer d’un instrument, celui-là se vantait de savoir jouer d’un autre instrument. Un autre se vantait de savoir jouer d’un autre instrument encore. Un autre se vantait de savoir jouer de chacun de ces instruments. Un autre se vantait de savoir jouer de tous les instruments. Un autre encore se vantait de pouvoir imiter un instrument avec sa voix. Tel autre se vantait de pouvoir imiter un autre instrument. Un autre se vantait de pouvoir imiter chaque instrument. Il y en avait un qui se vantait de pouvoir imiter le tambour. Il y en avait un autre qui se vantait de pouvoir imiter le bruit du canon.
Et moi, qui étais présent, je m’écriai : Ma voix est meilleure que vos voix. En voici la preuve :
si vous êtes vraiment de grands musiciens, aidez ces deux pays. Il y a deux pays, que des milliers de milles séparent. Et lorsque vient la nuit, on ne peut pas dormir. A la nuit tombée des lamentations se font entendre. Les hommes, les femmes, les enfants entendent des lamentations lugubres et ils se mettent tous à se lamenter. Si l’on posait une pierre là-bas, elle fondrait. Voila ce qui se passe dans les deux pays. Dans un des pays on entend cette lugubre lamentation et tous doivent se lamenter, et c’est pareil dans l’autre pays. Chaque pays est séparé de l’autre par des milliers de milles. Donc, si vous êtes experts dans l’art musical, aidez ces deux pays ou, au moins, imitez les lamentations. Ils me répondirent : " Conduis-nous là-bas. "
Le mendiant dit : " D’accord, je vais vous y conduire. " Ils partirent tous, ils marchèrent et arrivèrent dans un des pays. Lorsque la nuit tomba, tout se passa comme d’habitude. Tous se lamentèrent et les sages se lamentèrent aussi. (Ils se rendirent compte qu’ils ne seraient d’aucune aide.) Le mendiant leur dit : " Quoi qu’il en soit, dites-moi d’où vient cette lamentation que l’on entend. D’où vient-elle ? " Ils lui répondirent : " Mais tu le sais bien ! "
Il dit : " Oui, je le sais. Il y a deux oiseaux : un mâle et une femelle. Il n’existe qu’un couple de ces oiseaux au monde, et la femelle a disparu. Le mâle la cherche, et elle cherche le mâle. Cela fait longtemps qu’ils sont à la recherche l’un de l’autre et ils se sont perdus. Ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus se retrouver. Ils sont restés là où ils étaient et ont construit un nid. Le mâle a construit son nid près de l’un des deux pays, mais pas trop près. Cependant, sa voix porte tellement que l’on croit qu’il a fait son nid tout près du pays et on entend sa voix dans le pays. La femelle a fait son nid près de l’autre pays. Lorsque vient la nuit, le couple se lamente. Il se lamente à cause d’elle, et elle se lamente à cause de lui. Ils se lamentent avec beaucoup de tristesse. Et ce sont ces lamentations que l’on entend et qui font que tout le monde doive se lamenter et ne puisse dormir. " Ils ne voulurent pas le croire et dirent : " Est-ce que tu nous conduiras là-bas, près des oiseaux ? "
Il répondit : " Je peux vous y conduire. Mais comment pouvez-vous y aller ? Si déjà vous ne pouvez pas supporter les lamentations et si vous êtes forcés de vous lamenter, lorsque vous arriverez là-bas, vous ne pourrez vraiment pas supporter les hurlements. D’autre part, pendant le jour, la joie qui règne là-bas est insupportable. En effet, dans la journée tous les oiseaux se rassemblent autour d’eux et ils les consolent, ils les réjouissent avec beaucoup d’allégresse. Ils leur parlent et les consolent : " Vous allez vous retrouver. " Ils se réjouissent et dans la journée, on ne peut pas supporter cette joie. Et on n’entend pas les cris de joie de loin, on ne les entend que lorsqu’on est tout près. Mais on entend les hurlements de loin. Vous ne pouvez donc pas aller là-bas. "
Ils lui dirent : " Ne peux-tu pas arranger cela ? " Il répondit : " Si, je peux arranger cela car je sais imiter tous les sons du monde. Je sais même émettre des sons, c’est-à-dire que je peux lancer ma voix, de telle sorte que là où je suis on ne puisse l’entendre, mais plus loin, il est possible de l’entendre. Ainsi je peux lancer une voix de elle à lui, c’est-à-dire que je peux imiter sa voix à elle et la faire parvenir près de l’endroit où lui se trouve. Et je peux émettre sa voix à lui depuis l’endroit où il se trouve et la faire parvenir à elle. C’est ainsi que je vais les attirer l’un vers l’autre et tout arranger. "
Mais qui aurait pu le croire ? Il les emmena dans une forêt. Ils entendirent comme une porte que l’on ouvre et referme, et que l’on verrouille. Ils entendirent le bruit d’un fusil qui tire et le bruit d’un chien qui va chercher le gibier et qui se traîne dans la neige. Ils entendirent tout cela. Ils regardèrent mais ils ne virent rien. Ils n’entendirent pas le mendiant émettre quelque son que ce fût. (Cependant le mendiant avait lancé sa voix et ils se rendirent compte qu’il pouvait imiter tous les bruits et les envoyer quelque part.) (Le Rebbe n’en dit pas plus et omit une partie de l’histoire.)
Le mendiant dit : Par conséquent, ce pays peut attester que j’ai une bonne voix et que je sais imiter tous les sons. Aujourd’hui, je vous donne en droshe geshank d’être comme moi. "
La joie et l’allégresse furent grandes.
Le cinquième jour ils furent joyeux. Ils se souvinrent du mendiant qui était bossu. Ils languirent de le faire venir, car s’il était présent, ils seraient encore plus contents. Alors, il arriva et dit : " Je suis là. Je suis venu à votre mariage. " Il courut vers eux, les étreignit et les embrassa. Puis il leur dit : " Je vous avais bénis et je vous avais souhaité d’être comme moi. Aujourd’hui je vous apporte votre droshe-geshank : puissiez-vous être comme moi ! Je ne suis pas du tout bossu. Bien au contraire, j’ai de bonnes épaules qui ont la qualité du " moindre qui contient le plus " (Genèse Rabbah 5,6). J’en ai la preuve :
Un jour, des gens bavardaient et se vantaient d’une chose. Chacun se vantait d’être ‘le moindre qui contient le plus’. On se moqua de l’un d’entre eux, mais les paroles de chacun des autres trouvèrent grâce à leurs yeux. Cependant je possède cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’ à un plus haut degré. L’un d’eux s’était vanté et avait dit que son cerveau était un ‘moindre qui contient le plus’, car il portait dans son cerveau des myriades d’hommes avec tous leurs besoins, leurs habitudes, leurs expériences et leurs mouvements. Il portait tout cela dans son cerveau. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’ car un petit morceau de cerveau renfermait beaucoup d’hommes et tout ce qui les concernait. On s’était moqué de lui et on avait dit : " Tu n’es rien et tes gens ne sont rien ! "
Puis l’un d’eux déclara : " J’ai vu un ‘moindre qui contient le plus’. Un jour, je suis allé sur une montagne qui était couverte d’ordures et de saleté. C’était stupéfiant. Comment se faisait-il qu’il y eût tant d’ordures et de saleté sur cette montagne ? Près de la montagne, il y avait un homme qui me dit : " Tout cela vient de moi. " 11 était installé près de la montagne et il jetait sur la montagne tous ses déchets et toutes ses ordures, tout ce qui restait de ce qu’il mangeait et buvait. C’était à cause de lui que la montagne était couverte d’ordures et de saleté à ce point. Cet homme était donc un ‘moindre qui contient le plus’, car à lui seul il produisait tant d’ordures. C’est au même titre que celui qui s’est vanté de son cerveau est un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre se vanta de posséder cette qualité. Il possédait un petit pays qui produisait beaucoup de fruits. Lorsque l’on évaluait la quantité de fruits que ce pays produisait, on se rendait compte qu’il n’y avait pas assez d’espace dans le pays pour contenir tous ces fruits. Il n’y avait pas assez de place, par rapport à la quantité de fruits récoltés. C’était donc un ‘moindre qui contient le plus’. Son discours fut très apprécié. Il était vraiment un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre déclara qu’il possédait un très bon verger plein de fruits. Beaucoup de gens et de nobles y venaient parce que c’était un très beau verger. Lorsque venait l’été, les gens et les princes venaient s’y promener en plus grand nombre encore. Et en vérité, il n’y avait pas de place dans ce jardin pour les contenir tous. C’était donc un ‘moindre qui contient le plus’. Ils furent d’accord avec lui.
Un autre dit que sa parole était un ‘moindre qui contient le plus’, car il était secrétaire d’un grand roi : " Beaucoup de gens viennent voir le roi, qui pour le louer, qui pour lui présenter une requête, et ainsi de suite. Le roi ne peut certainement pas les entendre tous. Je résume tous leurs discours en quelques mots que je rapporte au roi. Dans ces quelques mots sont inclus toutes leurs louanges, toutes leurs requêtes et tous leurs discours. Ma parole est donc un ‘moindre qui contient le plus’. "
Un autre dit que son silence était un ‘moindre qui contient le plus’, car nombreux étaient les accusateurs et les calomniateurs qui disaient du mal de lui. On cherchait querelle avec lui et on médisait beaucoup sur son compte. A tout cela il répondait par le silence. C’était toute sa réponse aux accusations et aux racontars que l’on colportait à son sujet. Avec son seul silence il répondait à tout cela. Son silence était donc un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre encore déclara qu’il était un ‘moindre qui contient le plus’ car il y avait un homme pauvre qui était aveugle et très grand. Quant à lui, il était très petit et il conduisait l’aveugle qui était grand. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’ car l’aveugle aurait pu glisser et tomber, et lui, il le tenait, car il le conduisait. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’, car il était petit et tenait l’aveugle qui était grand.
Le mendiant poursuivit son récit. J’étais présent et je déclarai : " Il est vrai que vous possédez cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’ et je sais tout ce que vous avez voulu dire. Le dernier d’entre vous, qui s’est vanté de conduire un aveugle très grand, est plus grand que vous tous. Mais je suis encore plus grand que vous tous. Celui qui s’est vanté de conduire l’aveugle, a voulu dire qu’il conduisait le cycle lunaire. En effet la lune s’appelle ‘aveugle’ car elle n’éclaire pas d’elle-même. Et lui, il conduit la lune, bien qu’il soit petit et que le cycle lunaire soit long et fasse subsister le monde, car le monde a besoin de la lune. Il est donc véritablement un ‘moindre qui contient le plus’. Cependant, mon ‘moindre qui contient le plus’ est plus grand que tous les autres. En voici la preuve :
Un jour, il y avait une secte dont les membres s’étaient dit que chaque bête sauvage possède son coin d’ombre, où elle veut être seule. Chaque bête a son coin d’ombre particulier. Chacune a choisi un coin d’ombre où elle veut se reposer. Et chaque oiseau possède sa branche. C’est sur cette branche qu’il veut se reposer, pas sur une autre. Chaque oiseau a sa branche particulière où il se repose. Alors, les gens de la secte se sont dit qu’il devait y avoir un arbre à l’ombre duquel toutes les bêtes se reposent. Elles veulent se reposer à l’ombre de cet arbre. Sur les branches de l’arbre se reposeraient tous les oiseaux.
Ces gens se dirent donc que cet arbre existait et ils voulurent se rendre près de lui, car le bonheur qui régnait là-bas devait être sans mesure. Toutes les bêtes et tous les oiseaux se trouvaient là-bas et ne présentaient aucun danger. Toutes les bêtes se mêlaient les unes aux autres et jouaient. Il devait être très plaisant de se trouver au pied de cet arbre. Ils se mirent à réfléchir à la direction à prendre pour arriver jusqu’à cet arbre. Il y eut des divergences entre eux à ce sujet et il n’y avait personne pour trancher.
L’un disait : " Il faut aller vers l’est. " L’autre disait : " Non ! C’est vers l’ouest qu’il faut aller. " Un autre encore disait : " Par là ! " Un autre disait : " Par là ! " Ils ne connaissaient pas la bonne direction pour arriver à l’arbre. Alors, vint un sage qui leur dit : " De quoi parlez-vous ? De la direction à prendre pour atteindre l’arbre ? Essayez plutôt de savoir quels seront les hommes qui pourront arriver jusqu’à l’arbre ! Car tout le monde ne peut pas arriver jusqu’à lui. Ne peuvent réussir que ceux qui possèdent les qualités de l’arbre.
En effet, l’arbre a trois racines : la première c’est la foi (croire en Dieu). La deuxième racine est la crainte, et la troisième racine est l’humilité. Et la vérité est le tronc de l’arbre, c’est-à-dire que l’arbre lui-même est vérité. Des branches partent de l’arbre. C’est pourquoi nul ne peut arriver jusqu’à l’arbre, si ce n’est celui qui possède les qualités de l’arbre : la foi - croire en Dieu ; la crainte - craindre Dieu ; l’humilité - ne pas compter à ses propres yeux ; et la vérité.
Les membres de la secte n’avaient pas tous ces qualités. Quelques uns seulement les possédaient. Mais ils étaient tous très unis et s’aimaient beaucoup et ils ne voulurent pas se séparer les uns des autres pour qu’une partie d’entre eux, ceux qui possédaient les qualités, fussent à même de se rendre au pied de l’arbre, alors que les autres resteraient. Ils ne voulurent pas de cela car ils étaient très unis. Il fallait seulement attendre que tous aient acquis les qualités nécessaires pour arriver jusqu’à l’arbre. C’est ce qu’ils firent et ils travaillèrent beaucoup et firent beaucoup d’efforts pour acquérir les qualités nécessaires. Une fois les qualités acquises, ils furent tous de la même opinion en ce qui concernait la direction à prendre pour arriver jusqu’à l’arbre. Ils partirent tous et ils marchèrent longtemps. Ils finirent par apercevoir l’arbre de loin. Puis ils regardèrent attentivement : l’arbre se dressait ‘nulle part’ ! Il n’avait pas de lieu. Et s’il n’avait pas de lieu, comment arriver jusqu’à lui ?
J’étais avec eux et je leur dis : Je peux vous amener jusqu’à l’arbre. En effet, l’arbre n’a pas de lieu car il est au-delà de l’espace terrestre. Cependant, la caractéristique du ‘moindre qui contient Je plus’, fait entrer en jeu la notion d’espace, si peu que ce soit. Bien qu’il s’agisse d’un ‘moindre qui contient le plus’, il y a quand-même quelque espace. Et ma qualité de ‘moindre qui contient le plus’ est tellement élevée qu’elle se trouve à l’extrême fin de l’espace, au-delà de quoi ou ne peut plus parler d’espace. Ainsi, je peux tous vous emmener jusqu’à l’arbre qui est au-dessus de l’espace.
(Le mendiant bossu est une position médiane entre l’espace et ce qui est au-dessus de l’espace car il est un ‘moindre qui contient le plus’, ce qui est l’extrémité de l’espace, au-dessus de quoi on ne peut plus parler d’espace. Il pouvait donc les faire sortir de l’espace et les emmener plus haut que l’espace.)
Je les pris et les emmenai jusqu’à l’arbre. Je peux donc prouver que je possède bien cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’.
(C’était la raison pour laquelle il semblait être bossu, car il portait beaucoup de choses, étant donné qu’il était un ‘moindre qui contient le plus’.)
Aujourd’hui je vous fais ce cadeau pour que vous puissiez être comme moi. "
La joie et l’allégresse furent grandes.
Le sixième jour, ils furent encore joyeux. Puis ils languirent de faire venir le mendiant qui n’avait pas de mains. Alors, il entra et dit : " Je suis là ! Je suis venu à votre mariage " , et il leur dit la même chose que les autres, se précipita vers eux et les embrassa.
Puis il dit : " Vous pensez que je suis infirme, à cause de mes mains. Il n’en est rien. J’ai de la force dans les mains, mais je n’utilise pas la force de mes mains en ce monde, car j’ai besoin de cette force pour quelque chose d’autre, et le Château des Eaux peut en attester :
Un jour, quelques hommes et moi étions réunis. Chacun vantait la force de ses mains. Celui-ci se vantait d’avoir telle puissance dans ses mains, celui-là se vantait d’avoir telle puissance. Ainsi, chacun vantait la puissance de ses mains. Par exemple, celui-ci se vantait d’avoir certains pouvoirs et certaine puissance qui lui permettaient de faire revenir vers lui une flèche après qu’il l’eût lancée. Bien que la flèche ait été lancée, il pouvait la faire revenir et la rapporter, tellement ses mains étaient fortes. Je lui demandai : " Quelle sorte de flèche peux-tu faire revenir ? "
En effet il y a dix sortes de flèches différentes, car il y a dix sortes de poisons. Quand on lance une flèche, on l’enduit auparavant de poison. Il y a dix sortes de poisons pour enduire les flèches. Lorsqu’on enduit la flèche d’un poison, la flèche est dangereuse à un certain degré. Lorsqu'on enduit la flèche d’un autre poison, la flèche est dangereuse à un autre degré. Il en est ainsi pour les dix sortes de poisons. Chaque poison est plus mauvais que l’autre, plus dangereux. Le mendiant lui demanda donc quelle sorte de flèche il pouvait faire revenir. Il lui demanda aussi s’il pouvait faire revenir la flèche avant qu’elle n’eût atteint la cible. Et il dit : " Mais quelle sorte de flèche peux-tu faire revenir ? "
L’autre lui répondit : " Je peux faire revenir telle sorte et telle sorte . "
Le mendiant poursuivit : " Je lui dis alors : tu ne peux pas guérir la Princesse. Si tu ne peux faire revenir qu’une sorte de flèche, tu ne peux pas guérir la Princesse. "
Un autre se vantait d’avoir de tels pouvoirs dans les mains, que lorsqu’il prenait quelque chose à quelqu’un, il pouvait le lui rendre. Il devait être très charitable. Je lui demandai : " Quelle sorte de charité fais-tu ? " Il me répondit qu’il donnait la dîme. Je m’écriai : " Si c’est ainsi, tu ne peux pas guérir la Princesse, car tu ne peux pas arriver à son lieu. En effet tu ne donnes que la dîme et tu ne peux franchir qu’un rempart. Par conséquent, tu ne peux pas arriver jusqu’à elle. "
Un autre se vantait d’avoir certains pouvoirs. Il y a dans le monde des gouverneurs, des gens haut placés qui gouvernent une ville ou un pays. Chacun a besoin de sagesse. " J’ai de tels pouvoirs dans les mains que je peux accorder de la sagesse à ces hommes en apposant mes mains sur eux. " Je lui demandai : " Etant donné qu’il y a dix mesures de sagesse (Berachot 22a), quelle sorte de sagesse peux-tu accorder grâce à tes mains ? " Il répondit : " Je peux accorder telle et telle. " Je m’écriai : " Tu ne peux pas guérir la Princesse. En effet tu ne peux pas connaître son pouls car il y a dix sortes de pouls. Tu ne peux connaître qu’une sorte de pouls, car tu ne peux accorder qu’une sorte de sagesse grâce à tes mains "
Un autre se vantait d’avoir certains pouvoirs. Il y avait une tempête qu’il pouvait arrêter de ses mains. Il pouvait saisir le vent et l’arrêter, le contrôler et faire en sorte que le vent fût comme il le fallait, avec mesure. Je lui demandai : " Quelle sorte de vent peux-tu saisir avec tes mains ? Il y a dix vents différents. " Il répondit : " Tel et tel vent. " Je m’écriai : " Tu ne peux pas guérir la Princesse, car tu ne peux pas lui jouer la mélodie. En effet il y a dix sortes de mélodies et la guérison de la Princesse dépend des mélodies. Et tu ne peux lui jouer qu’une mélodie. "
Tout le monde s’écria : " Que peux-tu faire ? " Je répondis : je peux tout ce que vous ne pouvez pas. Les neuf choses que vous ne pouvez pas accomplir, je peux, moi, les accomplir. Voici l’histoire :
Il était une fois un roi qui désirait une princesse Il se donna beaucoup de mal pour imaginer des stratagèmes afin de s’emparer d’elle. Finalement, il s’empara d’elle. Elle vécut chez lui. Un jour le roi rêva que la Princesse se révoltait et le tuait. Il se réveilla mais le rêve resta gravé dans son cœur. Il fit venir tous les interprètes de songes. Ils interprétèrent son rêve littéralement. c’est-à-dire que le rêve se réaliserait, la Princesse allait tuer le roi.
Le roi ne savait pas quoi faire, comment agir avec elle. La tuer ? Il en aurait trop de douleur. L’exiler ? Cela le rendrait triste, car un autre la prendrait et i1 serait très triste, car il avait fait beaucoup d’efforts pour s’emparer d’elle, et maintenant elle irait vers un autre. D’autre part. s’il la délivrait et si elle allait vers un autre, le rêve se réaliserait sûrement et elle viendrait le tuer, puisqu’elle serait auprès d’un autre. Et s’il la gardait auprès de lui, il aurait peur du fait du rêve. Il ne savait que faire avec elle . Son amour pour elle se détériora petit à petit à cause du rêve. Il se détériora de plus en plus. Même elle, son amour se détériora de plus en plus, et elle finit par le haïr. Et elle s’enfuit de chez lui. Le roi envoya à sa recherche. On arriva et dit au roi qu’elle était au Château des Eaux.
Il y a un château construit avec de l’eau. Il y a aussi dix remparts, les uns dans les autres, qui sont tous en eau. Et le sol sur lequel on marche dans le château est aussi en eau, ainsi que le jardin, les arbres et les fruits. Tout est en eau. On ne peut décrire la beauté et l’aspect merveilleux du Château, tellement il est extraordinaire. Le Château tout entier est en eau. Bien sûr, on ne peut pas entrer dans le Château, car on se noierait, puisque le Château tout entier est en eau. Lorsque la Princesse s’était enfuie, elle était arrivée au Château. Elle avait marché autour du Château.
On avait donc dit au roi qu’elle se trouvait quelque part près du Château des Eaux. Le roi se mit en route avec toutes ses armées pour s’emparer d’elle. Lorsque la Princesse les aperçut, elle décida de s’enfuir dans le Château, quitte à se noyer, plutôt que de tomber entre les mains du roi et d’être à lui. Peut-être pourrait-elle se sauver et s’enfermer dans le Château des Eaux. Lorsque le roi la vit s’enfuir dans le Château des Eaux, il dit : " Ah, c’est comme ça ? ", et il ordonna à ses hommes de tirer sur elle, et si elle devait mourir, qu’elle meure ! On tira sur elle et elle fut atteinte par les dix sortes de flèches enduites des dix sortes de poisons. La Princesse s’enfuit dans le Château des Eaux et y pénétra. Elle franchit toutes les portes des remparts d’eau, car il y avait des portes dans les remparts d’eau. Elle franchit toutes les portes des dix remparts du Château des Eaux. Et elle fut à l’intérieur du Château des Eaux. Elle tomba et resta là-bas, malade. "
Le mendiant poursuivit son récit :
" Je la guéris ! Celui qui n’a pas dans ses mains les dix sortes de charité ne peut pas franchir les dix remparts du Château des Eaux, car il pourrait se noyer dans ces eaux. Le roi et ses hommes pourchassèrent la Princesse et ils se noyèrent tous dans les eaux. Et moi, je puis franchir les dix remparts du Château des Eaux. Les dix remparts d’eau sont les dix vagues de la mer qui se dressent comme des remparts. Et les vents supportent les vagues de la mer et les font se soulever. Et les vagues, qui sont les dix remparts, se dressent toujours là-bas car les vents soutiennent et font se soulever les vagues. Je puis franchir les dix remparts du Château des Eaux et je peux extraire de la Princesse les dix flèches différentes. Je connais les dix sortes de pouls grâce aux dix doigts, car grâce à chacun des dix doigts on peut connaître chaque pouls en particulier. Et je puis guérir la Princesse grâce aux dix mélodies différentes, car sa guérison dépend des mélodies. C’est pourquoi je guéris la Princesse. J’ai donc de grands pouvoirs dans les mains. Aujourd’hui je vous fais ce cadeau. "
La joie fut grande, tous furent joyeux.
" Il m’est pénible de raconter cette histoire. Mais j’ai commencé à la raconter. je dois continuer. Dans cette histoire, il n’est pas un mot qui n’ait quelque intention. Celui qui connaît bien les livres saints peut comprendre un peu et appréhender.
Les flèches dont certain se vante de pouvoir faire revenir vers lui sont citées dans le verset : " quand ma main s’armera du châtiment " (Deut. 32,4l).
La charité qui correspond aux remparts d’eau, on en parle dans le verset : " et ton bonheur comme les flots de la mer " (Is. 48,18).
Les dix sortes de pouls et les dix sortes de mélodies sont citées dans le Zohar (Tikouney-Zohar 69).
Mais qui, quand, quoi... "
Le Rebbe n’a pas parlé plus avant. Il voulait dire : qui sont-ils tous, quand cela s’est-il passé, et qu’est ce que cela signifie... On ne peut pas le savoir.
La suite de l’histoire, ce qui est arrivé le septième jour avec le mendiant qui n’avait pas de pieds, ainsi que la suite de l’histoire du prince, par laquelle il avait commencé, il ne les a pas racontées et il a dit qu’il ne les raconterait pas et que l’on n’en entendrait pas la fin avant que ne vienne le Messie, bientôt et de nos jours, amen.
Il a dit aussi : " Si je ne savais rien d’autre que cette histoire, je serais quand même une ‘grande nouveauté’ ! "
Car cette histoire est extraordinaire. Elle renferme beaucoup de Moussar (morale), beaucoup de Torah, car elle renferme de nombreux enseignements. Elle parle d’un grand nombre des premiers Tsaddikim, comme le Roi David, la paix soi sur lui.
En effet, le Roi David se tenait à une extrémité du monde, et il a crié vers la source qui coule près de la pierre sur la montagne, comme dans l’histoire. En effet, il est dit dans les Psaumes (61,3) : " De l’extrémité du pays je crie vers toi, alors que mon cœur tombe en défaillance : puisses-tu me mener sur un rocher qui domine de haut ! " Le thème de David appartient au troisième jour, où l’on parle du cœur et de la source. "
Cette histoire renferme de grands secrets de la Torah. Du début à la fin, toutes les histoires de ce livre renferment de grands secrets de la Torah. Chaque mot, chaque sujet a une signification autre. Et cette histoire est la plus grande de toutes.
Il était une fois un roi. Ce roi avait un fils unique. Le roi voulait lui transmettre le royaume de son vivant. Il donna une grande fête, et lorsque le roi donne une fête, on s’y amuse beaucoup. La joie fut particulièrement grande en ce jour où le roi, de son vivant, transmettait le royaume à son fils. Tous les princes, tous les ducs, tous les nobles assistaient à cette fête. Le pays était très content que le roi transmette le royaume de son vivant à son fils, car c’était un grand honneur pour le roi. La joie était très grande. Il y avait toutes sortes de festivités : orchestres, pièces de théâtres et autres amusements, bref tout ce qu’il faut pour une fête.
Alors que tout le monde était déjà bien joyeux, le roi se leva et dit à son fils : " Je sais lire dans les étoiles, et j’ai vu qu’un jour tu abdiquerais. Par conséquent veille à ne pas être triste si tu abdiques et sois joyeux. Même si tu es triste je serai joyeux que tu ne sois pas roi. En effet tu ne mériterais pas d’être roi si tu n’étais pas joyeux. Si tu es homme à ne pas être joyeux lorsque tu abdiques, tu n’es pas digne d’être roi. Mais si tu es joyeux, je serai, moi, très joyeux. "
Le prince régna sur le pays avec rigueur. Il nomma des ministres, des ducs, des nobles et créa des armées. Le prince était un sage et il aimait beaucoup la sagesse. Il était entouré de sages éminents et celui qui venait le voir et possédait quelque savoir était bien considéré. Le prince accordait honneurs et richesses aux sages en récompense de leur sagesse. Ce que chacun voulait, il le lui donnait. Voulait-on de l’argent, il accordait de l’argent. Voulait-on des honneurs ? Il les accordait. Tout cela en récompense de la sagesse. Comme le prince aimait beaucoup la sagesse, tous se mirent à étudier les sciences et le pays tout entier s’adonna à l’étude des sciences. Celui qui voulait de l’argent, étudiait les sciences pour avoir de l’argent grâce à cela, et celui qui voulait des honneurs faisait de même. Tous s’adonnaient aux sciences. Le pays oublia l’art de la guerre parce que tous les habitants étudiaient les sciences, et le plus petit d’entre eux eut été un très grand sage dans un autre pays. Les sages de ce pays étaient des hommes d’une sagesse extraordinaire.
Ces sages tombèrent dans l’hérésie à cause des sciences et entraînèrent le prince. Cependant, les gens simples ne furent pas atteints et ne tombèrent pas dans l’hérésie. La science des sages était si profonde que les gens simples ne pouvaient pas s’y plonger et c’est pourquoi ils ne tombèrent pas dans l’hérésie. Par contre, les sages et le prince devinrent hérétiques.
Cependant le prince était bon, car il était né doué de bonté et de bonnes qualités. Il pensait souvent : " Où suis-je ? Que suis-je en train de faire ? " Et il gémissait et soupirait. Il se disait : " A quoi cela rime de se plonger là-dedans ? Qu’est-ce que cela peut me faire ? Où suis-je ? " Et il soupirait. Pourtant, dès qu’il se remettait à utiliser son intelligence, il revenait aux sciences hérétiques. Et cela se reproduisait plusieurs fois. Il se demandait : " Où suis-je ? Qu’ai-je à faire là-dedans ? " Et il gémissait et soupirait. Mais dès qu’il se remettait à utiliser son intelligence, l’hérésie reprenait le dessus.
Un jour, dans un pays, il y eut un exode. Tous les habitants s’enfuirent. Dans leur fuite, ils traversèrent une forêt où ils perdirent deux enfants, un garçon et une fille. Quelqu’un perdit un garçon, quelqu’un d’autre une fille. Ils étaient encore petits, ils avaient entre quatre et cinq ans. Les petits enfants n’avaient pas de quoi manger. Ils pleurèrent et crièrent parce qu’ils n’avaient pas à manger.
Alors, un mendiant qui portait des sacs arriva. Les enfants commencèrent à tourner autour de lui et à s’agripper à lui. Il leur donna du pain et ils mangèrent. Il leur demanda : " D’où venez-vous ? " Ils lui répondirent : " Nous ne savons pas ", car ils étaient encore petits. Il s’éloigna d’eux mais ils lui demandèrent de les emmener avec lui. Il leur dit : " Je ne veux pas que vous veniez avec moi. " Et ils s’aperçurent que le mendiant était aveugle. Ils furent très étonnés qu’étant aveugle il sût où aller. (En vérité, on peut s’étonner de ce que les enfants se soient posé la question, car ils étaient encore petits. Mais comme ils étaient intelligents, ils s’étonnèrent.) Le mendiant leur donna sa bénédiction " Puissiez-vous être comme moi. Puissiez-vous être aussi vieux que moi. " Puis il leur donna encore du pain et s’éloigna. Les enfants comprirent que Dieu Béni-Soit-Il veillait sur eux et leur avait envoyé un mendiant aveugle pour leur donner à manger.
Puis, le pain fut épuisé. Ils se remirent à crier : " A manger ! " La nuit tomba et ils passèrent la nuit où ils étaient. Le matin venu, ils n’avaient toujours rien à manger. Ils crièrent et pleurèrent à nouveau.
Un mendiant qui était sourd, arriva. Ils commencèrent à lui parler mais il montra du doigt et dit : " Je n’entends pas. " Le mendiant aussi leur donna du pain à manger et commença à s’éloigner. Ils voulaient que le mendiant les emmènent mais il ne voulut pas. Et lui aussi leur donna sa bénédiction : " Puissiez-vous être comme moi. " Il leur laissa du pain et s’éloigna. Lorsque le pain fut épuisé, ils se remirent à crier.
Un autre mendiant, qui était bègue, arriva. Ils commencèrent à lui parler et il répondit en bégayant. Ils ne comprirent pas ce qu’il disait, mais lui les comprit. Et ils ne pouvaient pas le comprendre parce qu’il bégayait. Il leur donna aussi du pain et s’éloigna et leur donna sa bénédiction, à savoir qu’ils soient comme lui, et il partit.
Puis un autre mendiant, qui avait le cou tordu, arriva. Le même manège se reproduisit.
Ensuite arriva un mendiant qui était bossu.
Plus tard, survint un mendiant qui n’avait pas de mains.
Et vint un mendiant qui n’avait pas de pieds.
Chaque mendiant leur donna du pain et les bénit en leur souhaitant d’être comme lui.
Lorsque le pain fut épuisé, les enfants se dirigèrent vers un endroit habité et arrivèrent à une route. Ils empruntèrent cette route et arrivèrent à un village. Les enfants entrèrent dans une maison. On eut pitié d’eux et on leur donna du pain. Ils se rendirent dans une autre maison où on leur donna aussi du pain. Ils allaient de maison en maison et ils voyaient que c’était bien : on leur donnait du pain.
Les enfants décidèrent de rester toujours ensemble, et ils se fabriquèrent de grands sacs. Ils allaient dans les maisons, participaient à toutes les fêtes, circoncisions et mariages. Ils continuèrent leur chemin, entrèrent dans des villes. Ils allaient de maison en maison, visitaient les foires, s’installaient avec les mendiants. Ils s’asseyaient sur des bancs, leur sébile à la main. Finalement, les enfants devinrent célèbres parmi tous les mendiants. Tous les connaissaient et savaient qu’ils étaient les petits enfants qui s’étaient perdus dans la forêt.
Un jour, une grande foire eut lieu dans une grande ville. Tous les mendiants, et les deux enfants, s’y rendirent. Les mendiants eurent l’idée de marier les enfants l’un à l’autre. Ils en discutèrent et l’idée leur plut beaucoup. Mais comment faire le mariage ? On décida que, puisque tel jour c’était l’anniversaire du roi, tous les mendiants se rendraient à la fête et mendieraient du pain natté et de la viande. Ils auraient ainsi de quoi célébrer le mariage. C’est ce qui arriva : tous les mendiants se rendirent à la fête et mendièrent de la viande et du pain natté et prirent tout ce qui restait du banquet, viande et pain. Ils s’en allèrent et creusèrent un grand trou qui pouvait contenir cent personnes. Ils le couvrirent avec des poutres, de la terre et des détritus et y entrèrent. Ils installèrent un dais nuptial et célébrèrent le mariage des enfants. Ils se réjouirent beaucoup. Les jeunes mariés étaient aussi très joyeux et ils se rappelèrent les bienfaits que Dieu Béni-Soit-Il leur avait accordés lorsqu’ils étaient dans la forêt.
Ils se mirent à pleurer et à se languir : " Comment retrouver le premier mendiant, l’aveugle, qui nous a apporté du pain dans la forêt ? "
Alors qu’ils se languissaient, le mendiant aveugle les appela :
" Je suis là. Je suis venu à votre mariage et je vous apporte un droshe geshank (cadeau de mariage) : puissiez-vous être aussi vieux que moi ! Je vous avais souhaité d’être aussi vieux que moi. Maintenant je vous apporte cela en cadeau de mariage : être aussi vieux que moi ! Vous croyez peut-être que suis aveugle ? Il n’en est rien. En fait, le monde ne vaut pour moi pas même un clin d’œil. (Il avait l’air d’être aveugle car il ne jetait même pas un coup d’œil sur le monde, car pour lui le monde entier ne méritait pas qu’on le regardât un instant et c’est pourquoi il ne le regardait pas.) Je suis très vieux et cependant je suis jeune et je n’ai pas encore commencé à vivre. Pourtant je suis très vieux et je ne suis pas le seul à le dire, car j’ai l’approbation du grand aigle. Je vais vous raconter une histoire :
Un jour, des hommes partirent sur la mer avec toute une flotte. Une tempête éclata et brisa tous les navires. Les hommes furent sauvés et ils arrivèrent à une tour. Ils montèrent dans la tour et trouvèrent toutes sortes de nourritures et de boissons, des vêtements, tout ce dont ils avaient besoin. Tout était très bien, tous les plaisirs du monde étaient disponibles. Les naufragés décidèrent que chacun raconterait une histoire ancienne, l’histoire la plus ancienne dont il se souvenait depuis qu’il avait commencé à avoir de la mémoire. Il y avait parmi eux des vieux et des jeunes.
Ce fut le plus vieux d’entre eux qui eut l’honneur de parler le premier. Il dit : " Que vais-je pouvoir vous raconter ? Je me souviens du jour où la pomme fut arrachée de l’arbre. " Personne ne comprit ce qu’il avait dit. Mais il y avait parmi eux des sages qui déclarèrent : " C’est vraiment une histoire très ancienne. "
Puis un autre vieillard, un peu plus jeune, eut l’honneur de parler à son tour et il dit : " C’est une histoire ancienne ? Moi, je me souviens de cette histoire et je me souviens même du moment où la lumière brûlait ! " Ils s’écrièrent que cette histoire était bien plus ancienne que la première. C’était d’ailleurs très étonnant, car le deuxième vieillard était plus jeune que le premier et pourtant il se souvenait d’une histoire plus ancienne.
Puis le troisième vieillard eut l’honneur de parler. Il était plus jeune que les deux premiers. Il dit : " Je me souviens du moment ou la constitution du fruit eut lieu, lorsqu’il commença à être un fruit. " On s’écria : " Cela est vraiment une histoire très ancienne ! "
Puis, le quatrième vieillard, qui était encore plus jeune, s’écria : " Je me souviens du moment où l’on apporta la graine pour planter le fruit. "
Le cinquième, qui était bien plus jeune, dit : " Je me souviens même des sages qui ont conçu le fruit. "
Le sixième, qui était plus jeune que le précédent, dit : " Je me souviens même de la saveur du fruit avant qu’elle ne pénétrât en lui. "
Le septième dit : " Je me souviens même de l’odeur du fruit avant qu’elle n’entrât en lui. "
Le huitième dit : " Je me souviens même de l’apparence du fruit avant qu’elle ne se posât sur lui. "
Le mendiant poursuivit sa narration et déclara : je n’étais alors qu’un enfant, et j’étais présent. Je me suis écrié : " Je me souviens de toutes ces histoires et je me souviens de rien. " Tous s’écrièrent : " Voilà une histoire vraiment très ancienne, c’est la plus ancienne de toutes ! " Ils étaient stupéfaits que l’enfant se souvînt plus que les autres hommes présents.
Alors, un grand aigle arriva. Il frappa à la tour et dit : " Cessez d’être pauvres, retournez à vos trésors, servez-vous en ! " Puis il leur dit de sortir de la tour, le plus vieux devant sortir le premier, et il les emmena loin de la tour. Il avait d’abord fait sortir l’enfant qui était en vérité le plus vieux de tous. Il avait donc fait sortir le plus jeune en premier. Le vieillard le plus âgé sortit le dernier. En effet, le plus jeune était le plus vieux puisqu’il avait raconté l’histoire la plus ancienne. Et le vieillard le plus âgé était le plus jeune de tous.
Le grand aigle leur dit : " Je vais vous expliquer toutes les histoires. Celui qui a dit se souvenir du moment où la pomme fut arrachée de l’arbre voulait dire qu’il se souvenait du moment où son cordon ombilical fut coupé. Il se souvient de ce qu’on lui a fait à sa naissance. Celui qui a dit se souvenir du moment où la lumière brûlait, voulait dire qu’il se souvient du moment où il était dans le ventre de sa mère et de la lumière qui brûlait au-dessus de sa tête (il est dit dans la Guemara -Niddah 30b- qu’une lumière brûle au-dessus de la tête de l’enfant qui est dans le ventre de sa mère). Celui qui a dit se souvenir du fruit en devenir voulait dire qu’il se souvenait du moment où son corps était en cours de formation, lorsque l’enfant commence à être créé. Celui qui se souvient du moment où la graine fut apportée pour planter le fruit veut dire qu’il se souvient du moment où la goutte fut émise. Celui qui se souvient des sages qui ont conçu la graine, veut dire qu’il se souvient du moment où la goutte était encore dans le cerveau. Celui qui se souvient de la saveur, veut parler de Néfesh (instinct). Celui qui se souvient de l’odeur, veut parler de Roua’h (esprit). Et l’apparence, c’est la Néshamah (âme). Quant à l’enfant qui a dit se souvenir de rien, il est plus grand que vous, car il se souvient même de ce qu’il y avait avant Néfesh, Rouach, Néshamah. C’est pourquoi il a déclaré se souvenir de ’Rien’. " Puis le grand aigle leur dit : " Retournez vers vos navires (c’est A dire les corps qui s’étaient brisés et allaient se reformer), retournez donc vers eux ! " Et il les bénit. Puis il me dit : " Toi, viens avec moi, car tu es comme moi, tu es très vieux et très jeune. Tu n’as pas encore commencé à vivre et cependant tu es très vieux. Et je suis comme cela aussi, car je suis très vieux et je suis jeune. "
J’ai donc l’approbation du grand aigle pour dire que je suis très vieux et tout jeune. Maintenant, je vous donne cela en cadeau de mariage : être aussi vieux que moi ! "
La joie et l’allégresse furent grandes et tous se réjouirent.
Le deuxième jour des sept jours de réjouissances, les jeunes mariés se souvinrent de l’autre mendiant, le sourd, qui les avait nourris en leur donnant du pain. Ils se languissaient : " Comment faire venir le mendiant sourd qui nous a nourris ? " Alors qu’ils se languissaient, il arriva et dit : " Je suis là ! " Il se précipita sur eux, les embrassa et leur dit :
" Je vous apporte votre cadeau : être comme moi toute votre vie. Puissiez-vous avoir une vie heureuse comme la mienne. C’est ainsi que je vous avais bénis, et maintenant je vous offre ma vie heureuse comme droshe geshank. Vous croyez que je suis sourd. Je ne suis pas sourd, mais le monde entier ne mérite pas que j’entende ses défauts. Tous les bruits du monde ne sont que défauts. Chacun crie à cause de son défaut, de ce qui lui manque. Même les joies du monde ne viennent que des défauts, car on se réjouit d’avoir obtenu ce qui nous manquait. Le monde ne mérite pas que j’entende ses défauts. Je mène une vie heureuse car je ne manque de rien. Et j’ai l’approbation du pays de la richesse pour dire que je mène une vie heureuse. " (Il menait une vie heureuse car il mangeait du pain et buvait de l’eau).
" Je vais vous raconter une histoire. " II raconta l’histoire suivante :
" Il existe un pays rempli de richesses. Ses habitants possèdent de grands trésors. Un jour, ils se réunirent et chacun vanta la vie heureuse qu’il menait, en détail. Je leur dis alors :
" Je mène une vie plus heureuse que la vôtre. En voici la preuve : si vous menez une vie heureuse, aidez ce pays qui avait un jardin. Dans ce jardin, il y avait des fruits qui avaient toutes les saveurs du monde et tous les parfums du monde. Il y avait dans ce jardin toutes sortes de choses belles à voir, toutes les couleurs et toutes les fleurs du monde. Il y avait tout dans ce jardin. Il y avait un jardinier qui prenait soin du jardin, et le pays vivait heureux grâce au jardin. Mais le jardinier disparut. Tout ce qui se trouvait dans le jardin ne pouvait plus continuer à pousser car il n’y avait plus de jardinier pour s’occuper du jardin et faire ce qu’il y avait à faire. Cependant, les habitants avaient pu continuer à vivre grâce au regain. Un roi cruel arriva mais il ne put rien leur faire. Alors il détruisit le bonheur dont les habitants jouissaient grâce au jardin. Il ne détruisit pas le jardin mais laissa dans le pays trois bandes de serviteurs et leur dit de faire ce qu’il leur avait ordonné. Et à cause de ce qu’ils firent, à cause de ce que le roi leur avait ordonné, ils corrompirent le sens du goût. Celui qui voulait goûter quelque chose, ne sentait qu’un goût de charogne. Ils corrompirent l’odorat de telle sorte que tout avait l’odeur du galbanum. Et ils corrompirent le sens de la vue et la vision des habitants s’obscurcit, comme si tout était entouré ou recouvert de nuages. Maintenant, si vous menez une vie heureuse, venez en aide à ce pays. Je peux vous dire ceci : vous ne pourrez pas l’aider, car vous allez être corrompus. Tout ce qui est arrivé au gens de ce pays vous arrivera : votre goût, votre odorat et votre vue seront corrompus. "
Les riches se levèrent et partirent pour le pays et je les accompagnai. En chemin, ils menèrent bonne vie car ils avaient leurs trésors. Mais en s’approchant du pays, ils se corrompirent. Ils sentirent que leurs sens se corrompaient. Je m’écriai : " Si déjà, alors que vous n’êtes pas encore entrés dans le pays, votre goût, votre vue et votre odorat se corrompent, qu’est-ce que ce sera quand vous entrerez ! Comment pourrez-vous aider ce pays ? " Je pris de mon pain et de mon eau et leur en donnai. Ils goûtèrent dans mon pain et dans mon eau toutes les saveurs et ce qui était corrompu en eux redevint normal.
Les habitants du pays où se trouvait le jardin cherchaient le moyen de réparer ce qui était corrompu en eux. Comme il existait un pays de la richesse, ils se dirent que leur jardinier, qui avait disparu, était de la même souche que les habitants de ce pays qui menaient une vie heureuse. Ils décidèrent d’envoyer des émissaires dans ce pays pour demander de l’aide.
Ils envoyèrent ces émissaires qui partirent et rencontrèrent les autres (les gens du pays de la richesse qui se rendaient dans le pays du jardin), qui leur demandèrent : " Où allez-vous ? " Ils répondirent: " Nous allons voir les habitants du pays de la richesse pour demander de l’aide. " Ils répondirent : " Nous sommes les habitants du pays de la richesse et nous allons chez vous. " Je dis alors : " Vous avez besoin de moi car vous ne pouvez pas aller chez eux et les aider. Restez ici. Je partirai avec les émissaires pour aider les habitants. "
Je partis avec les émissaires et arrivai dans le pays. J’entrai dans une ville et je vis arriver des hommes. L’un deux fit une plaisanterie. D’autres gens arrivèrent et il y eut tout un groupe de gens qui plaisantaient et riaient. Je tendis l’oreille et je les entendis proférer des obscénités. L’un faisait une plaisanterie obscène que l’autre rendait plus obscène et il riait et en tirait grand plaisir, comme cela se passe d’habitude.
J’allai plus loin, dans une autre ville. Je vis deux hommes qui se querellaient en affaires. Ils se présentèrent devant un Beth-Din qui trancha : celui-ci est innocent, celui-là est coupable. Les deux hommes sortirent et recommencèrent à se quereller. Ils dirent qu’ils n’acceptaient pas la décision de ce Beth-Din et qu’ils en voulaient un autre. Ils choisirent un autre Beth-Din et exposèrent leur affaire. Puis, l’un d’eux se querella avec un autre homme et ils choisirent encore un autre Beth-Din. Ils recommencèrent à se quereller, et à chaque fois ils choisissaient un nouveau Beth-Din. Finalement, la ville fut pleine de Bathé-Dinim. J’observai attentivement et je me rendis compte que c’était l’absence de vérité qui causait tout cela. Parfois le Beth-Din favorisait tel plaideur et tranchait en sa faveur parce que les juges prenaient des pots-de-vin et il n’y avait dans ces juges aucune vérité.
Puis je vis que les habitants se complaisaient tous dans la luxure qui était chose tellement courante chez eux qu’ils la considéraient comme permise. Je leur dis alors que c’était à cause de cela que le goût, la vue et l’odorat étaient corrompus. En effet, le roi cruel avait lâché dans le pays trois bandes de serviteurs qui devaient parcourir le pays et le corrompre. Ils avaient parcouru le pays et raconté des obscénités et ainsi l’obscénité était entrée dans le pays. A cause d’elle, le sens du goût avait été corrompu et tout avait un goût de charogne. Ils avaient introduit la corruption et à cause d’elle la vue des habitants s’était corrompue et tout leur paraissait sombre, car il est écrit : " la corruption aveugle les yeux des sages " (Deut. 16,19). Les serviteurs avaient aussi introduit dans le pays la luxure qui avait corrompu l’odorat, car la luxure corrompt l’odorat. (Voila pourquoi le roi cruel avait lâché dans le pays trois bandes de serviteurs à qui il avait ordonné de parcourir le pays et d’y introduire ces trois transgressions qui avaient corrompu les sens de la vue, du goût et de l’odorat.)
" Par conséquent, occupez-vous de faire revenir le pays dans le droit chemin et corrigez ces trois transgressions. Recherchez ces hommes et expulsez-les. Ainsi, vous purifierez le pays de ces trois transgressions. Et je peux vous dire que non seulement vous recouvrerez la vue, le goût et l’odorat, mais vous retrouverez le jardinier disparu. "
Ils firent ce qu’on leur avait dit et purifièrent le pays. Ils recherchèrent les hommes du roi et en capturèrent un. Ils lui demandèrent : " D’où viens-tu ?" Ils finirent par capturer tous les hommes du roi cruel et ils les expulsèrent. Ils purifièrent le pays de ses transgressions. Puis, il y eut un tumulte : " Peut-être le fou est-il le jardinier ? "
En effet, il y avait un homme qui errait et disait être le jardinier. Tout le monde pensait qu’il était fou et on lui lançait des pierres et on le chassait. " Peut-être s’agit-il du jardinier ! " On partit à sa recherche et on le ramena. Je dis alors : " Il n’y a pas de doute, c’est bien le jardinier ! "
Ainsi, j’ai l’approbation de ce pays et je peux dire que je mène une vie heureuse car j’ai corrigé ce qui n’allait pas dans ce pays et les habitants ont même retrouvé le jardinier et ils ont recommencé à mener une vie heureuse. Aujourd’hui je vous fais cadeau de ma vie heureuse. "
La joie et l’allégresse furent grande. Tous furent joyeux. Le premier mendiant leur avait offert une longue vie et le second, une vie heureuse. Tous les autres mendiants vinrent au mariage et leur apportèrent un droshe geshank. Ce qu’ils leur avaient souhaité, qu’ils puissent être comme eux, ils leur apportèrent en cadeau de mariage.
Le troisième jour, les jeunes mariés se souvinrent, pleurèrent et se languirent : " Comment faire venir le troisième mendiant, celui qui bégayait ? " A ce moment, il arriva et dit : " Je suis là. "
Il se précipita vers eux pour les embrasser et leur dit : " Je vous avais bénis pour que vous soyez comme moi. Aujourd’hui je vous apporte un droshe geshank : être comme moi ! Vous pensez que je bégaye. Je ne bégaye pas du tout, mais les paroles des hommes qui ne sont pas louanges du Très-Haut, sont imparfaites. (C’est pourquoi il semblait bégayer, ne pas pouvoir parler, car il ne voulait pas prononcer une parole profane, une parole qui ne fût pas une louange de Dieu Béni-Soit-Il. Toute parole qui n’est pas une louange de Dieu Béni-Soit-Il est imparfaite. Voilà pourquoi le mendiant bégayait.) En vérité, je ne bégaye pas. Au contraire, je suis éloquent et je parle très bien. Je suis un orateur extraordinaire. Je peux dire des allégories, des chants et des poèmes merveilleux. Lorsque je commence à réciter mes allégories, mes chants et mes poèmes, il n’est pas de créature au monde qui ne puisse et ne veuille m’écouter, car tout ce que je dis est composé avec beaucoup d’art. J’ai l’approbation de ce grand homme qui s’appelle le Véritable Homme Charitable :
Un jour, tous les sages étaient réunis. Chacun se vantait de sa sagesse. L’un d’eux disait que grâce à sa sagesse, il avait inventé le fer. C’est-à-dire qu’il avait donné au monde le moyen de fabriquer du fer à partir de la terre. Un autre se vantait d’avoir inventé un autre métal. Un autre encore se vantait d’avoir inventé l’argent, grâce à sa sagesse, ce qui était déjà plus important. Un autre se vantait d’avoir inventé l’or. Un autre se vantait d’avoir inventé les armes, fusils et canons et tout le reste. Et un autre se vantait d’avoir trouvé le moyen de fabriquer les métaux autrement qu’avec leurs composants habituels. Un autre se vantait de connaître d’autres sciences, car beaucoup de choses ont été inventées grâce aux sciences, comme le salpêtre, la poudre et autres. Alors, l’un d’eux s’écria : " Je suis plus intelligent que vous, car je suis intelligent comme le jour. " On ne comprit pas ce qu’il voulait dire par ces mots " intelligent comme le jour’. Il dit : " On peut prendre toutes vos sciences et il ne restera rien d’elles, si ce n’est une heure. Chaque science a son origine dans un jour différent, selon la création qui eut lieu en ce jour, car toutes les sciences ne sont que combinaisons. (Pour fabriquer quelque chose, on combine plusieurs éléments. C’est pourquoi chaque science emprunte au jour où Dieu a créé les éléments auxquels on emprunte les matériaux qui sont ensuite combinés avec art pour fabriquer ce que l’on désire, l’argent, le cuivre et le reste.) Par conséquent, on peut mettre ensemble avec sagesse toutes vos sciences et elles ne vaudront pas plus d’une heure alors que moi, je suis aussi intelligent qu’un jour entier. " Je lui dis alors : " Comme quel jour ? " Il répondit : " Ah, celui-ci est plus intelligent que moi, car il me demande " comme quel jour ?’. Disons que je suis aussi intelligent que le jour de votre choix. "
(Toutefois, une question se pose : en quoi cet homme est-il plus intelligent parce qu’il a demandé " comme quel jour ? " Mais ceci est toute une histoire...)
Le mendiant reprit son récit : " Le Véritable Homme Charitable est un grand homme, et moi, je parcours le monde et je rassemble tous les actes de charité et ensuite je les lui apporte. Le principe du temps (c’est-à-dire que le temps existe, 1es années et les jours, cela est dû à Dieu Béni-Soit-Il n’existe que grâce aux actes de charité. Et je vais récolter tous les vrais actes de charité que j’apporte ensuite au Véritable Homme Charitable. Et il en fait le temps.
Il y a une montagne. Sur cette montagne il y a une pierre. De cette pierre, sort une source. Chaque chose a un cœur. Le monde tout entier a lui aussi un cœur. Le cœur du monde possède une stature complète, avec un visage, des mains, des pieds... Cependant, l’ongle du pied du cœur du monde possède l’essence du cœur plus que tout autre cœur. La montagne où coule la source se dresse à une extrémité du monde et le cœur du monde se trouve à l’autre extrémité du monde, en face de la source. Il désire ardemment pouvoir arriver à la source et il languit. Et ce désir et cette langueur sont extraordinaires. Le cœur crie toujours, car il veut arriver jusqu’à la source. La source elle-même désire le cœur. Le cœur a deux maladies : le soleil qui le pourchasse et le brûle, et le désir et la nostalgie qu’il éprouve à cause de la source qu’il veut atteindre. Il est toujours à l’opposé de la source et il crie continuellement : " Au secours ! " Et il languit beaucoup d’atteindre la source. Cependant, il doit parfois se reposer et cesser un peu de haleter. Alors, vient un oiseau qui déploie ses ailes au-dessus de lui et le protège du soleil. Le cœur se repose un peu. Cependant, même lorsqu’il se repose, il regarde dans la direction de la source et se languit. Mais s’il se languit ainsi, pourquoi ne va-t-il pas retrouver la source ? Dès que le cœur veut se rapprocher de la montagne où coule la source, il ne voit plus le sommet de la montagne et il n'aperçoit plus la source. Et quand il n'aperçoit plus la source, il se meurt, car le cœur tire toute sa force vitale de la source. Lorsqu’il se trouve à l’opposé de la montagne, il voit son sommet, où se trouve la source. Mais dès qu’il veut aller sur la montagne, il ne voit plus le sommet (lorsqu’on est loin d’une haute montagne, on en voit le sommet et lorsqu’on se rapproche, on ne le voit plus). Il ne voit plus la source et il risque de mourir, à Dieu ne plaise. Et si le cœur mourait, à Dieu ne plaise, le monde serait détruit car le cœur est la vie de toute chose, et comment le monde pourrait-il subsister sans le cœur ? C’est à cause de cela que le cœur ne peut aller vers la source. Il reste toujours en face et il crie et languit de pouvoir aller vers la source. Cette source n’a pas de temps, elle n’est pas dans le temps, elle ne connaît pas les jours et le temps qui s’écoule, car elle est plus haute que le temps du monde.
Mais comment la source peut-elle exister dans le monde (car rien n’existe sans le temps) ? Tout le temps de la source ne vient que de ce que le cœur lui offre un jour en cadeau. Si ce jour finissait, s’il s’en allait, la source n’aurait plus de temps et elle disparaîtrait du monde. Et si la source n’existait pas, le cœur mourrait, à Dieu ne plaise, et le monde entier disparaîtrait, à Dieu ne plaise. Lorsque le jour touche à sa fin, le cœur et la source se mettent à chanter ensemble, à réciter des allégories, des chants et des poèmes. Ils chantent l’un pour l’autre de belles allégories et de beaux poèmes, avec beaucoup d’amour et de nostalgie. Le cœur chante pour la source, la source chante pour le cœur. Et le Véritable Homme Charitable perçoit tout cela et veille. Lorsque le jour touche à sa fin et risque de mourir (si le jour s’en allait, si la source n’avait plus de jour, elle disparaîtrait et, à Dieu ne plaise, le cœur mourrait et, à Dieu ne plaise, le monde serait détruit), le Véritable Homme Charitable fait cadeau d’un jour au cœur, et le cœur fait cadeau de ce jour à la source qui a de nouveau un temps (et le jour peut à nouveau faire subsister la source et le cœur aussi peut subsister). Lorsque le jour vient d’où il vient, il va avec des allégories et de beaux chants qui renferment toutes les sciences. Il y a des différences entre les jours : il y a dimanche, lundi... et il y a Rosh-‘hodesh et les jours de fête. Et tout le temps que le Véritable Homme Charitable possède, il le possède grâce à moi qui vais rassembler toutes les véritables actions charitables grâce auxquelles le temps existe.
(Voila pourquoi le mendiant bègue est plus intelligent que le sage qui se vante d’être aussi intelligent que le jour de son choix, car le temps et les jours existent grâce à lui; c’est lui qui rend possibles les jours avec les chants et les allégories qui renferment toutes les sciences). Donc, le principe de l’existence du temps, avec les allégories et les chants, qui renferment toutes les sciences, est dû au bègue.
C’est ainsi que j’ai reçu l’approbation du Véritable Homme Charitable. Je peux parler par allégories et je peux réciter les chants qui renferment toutes les sciences. Aujourd’hui, je vous offre en droshe geshank de pouvoir être comme moi. "
La joie fut grande et tous se réjouirent. Les réjouissances de la journée se terminèrent et la nuit s’écoula.
Le matin venu, ils se souvinrent et languirent de revoir le mendiant qui avait le cou tordu. Alors, il entra et dit : " Je vous avais bénis et je vous avais souhaité d’être comme moi. Aujourd’hui, je vous donne en droshe geshank d’être comme moi. Vous croyez que j’ai le cou tordu. C’est le contraire : mon cou est droit. Cependant, le monde est rempli de vanité et je n’en veux pas. (C’est pourquoi il semblait que son cou fût tordu, car il ne voulait pas partager les vanités du monde et il détournait la tête.) En vérité j’ai un très beau cou, il est très bien, et j’ai aussi une bonne voix. Avec ma voix, je peux imiter tous les sons du monde, même le timbre d’une voix. J’ai un très bon cou et une très bonne voix, le pays peut en attester :
En effet, il existe un pays où tout le monde connaît bien l’art musical. Tout le monde se consacre à la musique, même les petits enfants. Il n’y a pas un seul enfant qui ne sache jouer de quelque instrument de musique. Le plus petit, dans ce pays, serait le plus grand des musiciens dans un autre pays. Les sages et le roi de ce pays, ainsi que ceux qui jouent dans des orchestres, sont des musiciens extraordinaires. Un jour, les sages du pays s’étaient réunis, et chacun se vantait de son art. Celui-ci se vantait de savoir jouer d’un instrument, celui-là se vantait de savoir jouer d’un autre instrument. Un autre se vantait de savoir jouer d’un autre instrument encore. Un autre se vantait de savoir jouer de chacun de ces instruments. Un autre se vantait de savoir jouer de tous les instruments. Un autre encore se vantait de pouvoir imiter un instrument avec sa voix. Tel autre se vantait de pouvoir imiter un autre instrument. Un autre se vantait de pouvoir imiter chaque instrument. Il y en avait un qui se vantait de pouvoir imiter le tambour. Il y en avait un autre qui se vantait de pouvoir imiter le bruit du canon.
Et moi, qui étais présent, je m’écriai : Ma voix est meilleure que vos voix. En voici la preuve :
si vous êtes vraiment de grands musiciens, aidez ces deux pays. Il y a deux pays, que des milliers de milles séparent. Et lorsque vient la nuit, on ne peut pas dormir. A la nuit tombée des lamentations se font entendre. Les hommes, les femmes, les enfants entendent des lamentations lugubres et ils se mettent tous à se lamenter. Si l’on posait une pierre là-bas, elle fondrait. Voila ce qui se passe dans les deux pays. Dans un des pays on entend cette lugubre lamentation et tous doivent se lamenter, et c’est pareil dans l’autre pays. Chaque pays est séparé de l’autre par des milliers de milles. Donc, si vous êtes experts dans l’art musical, aidez ces deux pays ou, au moins, imitez les lamentations. Ils me répondirent : " Conduis-nous là-bas. "
Le mendiant dit : " D’accord, je vais vous y conduire. " Ils partirent tous, ils marchèrent et arrivèrent dans un des pays. Lorsque la nuit tomba, tout se passa comme d’habitude. Tous se lamentèrent et les sages se lamentèrent aussi. (Ils se rendirent compte qu’ils ne seraient d’aucune aide.) Le mendiant leur dit : " Quoi qu’il en soit, dites-moi d’où vient cette lamentation que l’on entend. D’où vient-elle ? " Ils lui répondirent : " Mais tu le sais bien ! "
Il dit : " Oui, je le sais. Il y a deux oiseaux : un mâle et une femelle. Il n’existe qu’un couple de ces oiseaux au monde, et la femelle a disparu. Le mâle la cherche, et elle cherche le mâle. Cela fait longtemps qu’ils sont à la recherche l’un de l’autre et ils se sont perdus. Ils se sont rendus compte qu’ils ne pouvaient plus se retrouver. Ils sont restés là où ils étaient et ont construit un nid. Le mâle a construit son nid près de l’un des deux pays, mais pas trop près. Cependant, sa voix porte tellement que l’on croit qu’il a fait son nid tout près du pays et on entend sa voix dans le pays. La femelle a fait son nid près de l’autre pays. Lorsque vient la nuit, le couple se lamente. Il se lamente à cause d’elle, et elle se lamente à cause de lui. Ils se lamentent avec beaucoup de tristesse. Et ce sont ces lamentations que l’on entend et qui font que tout le monde doive se lamenter et ne puisse dormir. " Ils ne voulurent pas le croire et dirent : " Est-ce que tu nous conduiras là-bas, près des oiseaux ? "
Il répondit : " Je peux vous y conduire. Mais comment pouvez-vous y aller ? Si déjà vous ne pouvez pas supporter les lamentations et si vous êtes forcés de vous lamenter, lorsque vous arriverez là-bas, vous ne pourrez vraiment pas supporter les hurlements. D’autre part, pendant le jour, la joie qui règne là-bas est insupportable. En effet, dans la journée tous les oiseaux se rassemblent autour d’eux et ils les consolent, ils les réjouissent avec beaucoup d’allégresse. Ils leur parlent et les consolent : " Vous allez vous retrouver. " Ils se réjouissent et dans la journée, on ne peut pas supporter cette joie. Et on n’entend pas les cris de joie de loin, on ne les entend que lorsqu’on est tout près. Mais on entend les hurlements de loin. Vous ne pouvez donc pas aller là-bas. "
Ils lui dirent : " Ne peux-tu pas arranger cela ? " Il répondit : " Si, je peux arranger cela car je sais imiter tous les sons du monde. Je sais même émettre des sons, c’est-à-dire que je peux lancer ma voix, de telle sorte que là où je suis on ne puisse l’entendre, mais plus loin, il est possible de l’entendre. Ainsi je peux lancer une voix de elle à lui, c’est-à-dire que je peux imiter sa voix à elle et la faire parvenir près de l’endroit où lui se trouve. Et je peux émettre sa voix à lui depuis l’endroit où il se trouve et la faire parvenir à elle. C’est ainsi que je vais les attirer l’un vers l’autre et tout arranger. "
Mais qui aurait pu le croire ? Il les emmena dans une forêt. Ils entendirent comme une porte que l’on ouvre et referme, et que l’on verrouille. Ils entendirent le bruit d’un fusil qui tire et le bruit d’un chien qui va chercher le gibier et qui se traîne dans la neige. Ils entendirent tout cela. Ils regardèrent mais ils ne virent rien. Ils n’entendirent pas le mendiant émettre quelque son que ce fût. (Cependant le mendiant avait lancé sa voix et ils se rendirent compte qu’il pouvait imiter tous les bruits et les envoyer quelque part.) (Le Rebbe n’en dit pas plus et omit une partie de l’histoire.)
Le mendiant dit : Par conséquent, ce pays peut attester que j’ai une bonne voix et que je sais imiter tous les sons. Aujourd’hui, je vous donne en droshe geshank d’être comme moi. "
La joie et l’allégresse furent grandes.
Le cinquième jour ils furent joyeux. Ils se souvinrent du mendiant qui était bossu. Ils languirent de le faire venir, car s’il était présent, ils seraient encore plus contents. Alors, il arriva et dit : " Je suis là. Je suis venu à votre mariage. " Il courut vers eux, les étreignit et les embrassa. Puis il leur dit : " Je vous avais bénis et je vous avais souhaité d’être comme moi. Aujourd’hui je vous apporte votre droshe-geshank : puissiez-vous être comme moi ! Je ne suis pas du tout bossu. Bien au contraire, j’ai de bonnes épaules qui ont la qualité du " moindre qui contient le plus " (Genèse Rabbah 5,6). J’en ai la preuve :
Un jour, des gens bavardaient et se vantaient d’une chose. Chacun se vantait d’être ‘le moindre qui contient le plus’. On se moqua de l’un d’entre eux, mais les paroles de chacun des autres trouvèrent grâce à leurs yeux. Cependant je possède cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’ à un plus haut degré. L’un d’eux s’était vanté et avait dit que son cerveau était un ‘moindre qui contient le plus’, car il portait dans son cerveau des myriades d’hommes avec tous leurs besoins, leurs habitudes, leurs expériences et leurs mouvements. Il portait tout cela dans son cerveau. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’ car un petit morceau de cerveau renfermait beaucoup d’hommes et tout ce qui les concernait. On s’était moqué de lui et on avait dit : " Tu n’es rien et tes gens ne sont rien ! "
Puis l’un d’eux déclara : " J’ai vu un ‘moindre qui contient le plus’. Un jour, je suis allé sur une montagne qui était couverte d’ordures et de saleté. C’était stupéfiant. Comment se faisait-il qu’il y eût tant d’ordures et de saleté sur cette montagne ? Près de la montagne, il y avait un homme qui me dit : " Tout cela vient de moi. " 11 était installé près de la montagne et il jetait sur la montagne tous ses déchets et toutes ses ordures, tout ce qui restait de ce qu’il mangeait et buvait. C’était à cause de lui que la montagne était couverte d’ordures et de saleté à ce point. Cet homme était donc un ‘moindre qui contient le plus’, car à lui seul il produisait tant d’ordures. C’est au même titre que celui qui s’est vanté de son cerveau est un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre se vanta de posséder cette qualité. Il possédait un petit pays qui produisait beaucoup de fruits. Lorsque l’on évaluait la quantité de fruits que ce pays produisait, on se rendait compte qu’il n’y avait pas assez d’espace dans le pays pour contenir tous ces fruits. Il n’y avait pas assez de place, par rapport à la quantité de fruits récoltés. C’était donc un ‘moindre qui contient le plus’. Son discours fut très apprécié. Il était vraiment un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre déclara qu’il possédait un très bon verger plein de fruits. Beaucoup de gens et de nobles y venaient parce que c’était un très beau verger. Lorsque venait l’été, les gens et les princes venaient s’y promener en plus grand nombre encore. Et en vérité, il n’y avait pas de place dans ce jardin pour les contenir tous. C’était donc un ‘moindre qui contient le plus’. Ils furent d’accord avec lui.
Un autre dit que sa parole était un ‘moindre qui contient le plus’, car il était secrétaire d’un grand roi : " Beaucoup de gens viennent voir le roi, qui pour le louer, qui pour lui présenter une requête, et ainsi de suite. Le roi ne peut certainement pas les entendre tous. Je résume tous leurs discours en quelques mots que je rapporte au roi. Dans ces quelques mots sont inclus toutes leurs louanges, toutes leurs requêtes et tous leurs discours. Ma parole est donc un ‘moindre qui contient le plus’. "
Un autre dit que son silence était un ‘moindre qui contient le plus’, car nombreux étaient les accusateurs et les calomniateurs qui disaient du mal de lui. On cherchait querelle avec lui et on médisait beaucoup sur son compte. A tout cela il répondait par le silence. C’était toute sa réponse aux accusations et aux racontars que l’on colportait à son sujet. Avec son seul silence il répondait à tout cela. Son silence était donc un ‘moindre qui contient le plus’.
Un autre encore déclara qu’il était un ‘moindre qui contient le plus’ car il y avait un homme pauvre qui était aveugle et très grand. Quant à lui, il était très petit et il conduisait l’aveugle qui était grand. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’ car l’aveugle aurait pu glisser et tomber, et lui, il le tenait, car il le conduisait. Il était donc un ‘moindre qui contient le plus’, car il était petit et tenait l’aveugle qui était grand.
Le mendiant poursuivit son récit. J’étais présent et je déclarai : " Il est vrai que vous possédez cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’ et je sais tout ce que vous avez voulu dire. Le dernier d’entre vous, qui s’est vanté de conduire un aveugle très grand, est plus grand que vous tous. Mais je suis encore plus grand que vous tous. Celui qui s’est vanté de conduire l’aveugle, a voulu dire qu’il conduisait le cycle lunaire. En effet la lune s’appelle ‘aveugle’ car elle n’éclaire pas d’elle-même. Et lui, il conduit la lune, bien qu’il soit petit et que le cycle lunaire soit long et fasse subsister le monde, car le monde a besoin de la lune. Il est donc véritablement un ‘moindre qui contient le plus’. Cependant, mon ‘moindre qui contient le plus’ est plus grand que tous les autres. En voici la preuve :
Un jour, il y avait une secte dont les membres s’étaient dit que chaque bête sauvage possède son coin d’ombre, où elle veut être seule. Chaque bête a son coin d’ombre particulier. Chacune a choisi un coin d’ombre où elle veut se reposer. Et chaque oiseau possède sa branche. C’est sur cette branche qu’il veut se reposer, pas sur une autre. Chaque oiseau a sa branche particulière où il se repose. Alors, les gens de la secte se sont dit qu’il devait y avoir un arbre à l’ombre duquel toutes les bêtes se reposent. Elles veulent se reposer à l’ombre de cet arbre. Sur les branches de l’arbre se reposeraient tous les oiseaux.
Ces gens se dirent donc que cet arbre existait et ils voulurent se rendre près de lui, car le bonheur qui régnait là-bas devait être sans mesure. Toutes les bêtes et tous les oiseaux se trouvaient là-bas et ne présentaient aucun danger. Toutes les bêtes se mêlaient les unes aux autres et jouaient. Il devait être très plaisant de se trouver au pied de cet arbre. Ils se mirent à réfléchir à la direction à prendre pour arriver jusqu’à cet arbre. Il y eut des divergences entre eux à ce sujet et il n’y avait personne pour trancher.
L’un disait : " Il faut aller vers l’est. " L’autre disait : " Non ! C’est vers l’ouest qu’il faut aller. " Un autre encore disait : " Par là ! " Un autre disait : " Par là ! " Ils ne connaissaient pas la bonne direction pour arriver à l’arbre. Alors, vint un sage qui leur dit : " De quoi parlez-vous ? De la direction à prendre pour atteindre l’arbre ? Essayez plutôt de savoir quels seront les hommes qui pourront arriver jusqu’à l’arbre ! Car tout le monde ne peut pas arriver jusqu’à lui. Ne peuvent réussir que ceux qui possèdent les qualités de l’arbre.
En effet, l’arbre a trois racines : la première c’est la foi (croire en Dieu). La deuxième racine est la crainte, et la troisième racine est l’humilité. Et la vérité est le tronc de l’arbre, c’est-à-dire que l’arbre lui-même est vérité. Des branches partent de l’arbre. C’est pourquoi nul ne peut arriver jusqu’à l’arbre, si ce n’est celui qui possède les qualités de l’arbre : la foi - croire en Dieu ; la crainte - craindre Dieu ; l’humilité - ne pas compter à ses propres yeux ; et la vérité.
Les membres de la secte n’avaient pas tous ces qualités. Quelques uns seulement les possédaient. Mais ils étaient tous très unis et s’aimaient beaucoup et ils ne voulurent pas se séparer les uns des autres pour qu’une partie d’entre eux, ceux qui possédaient les qualités, fussent à même de se rendre au pied de l’arbre, alors que les autres resteraient. Ils ne voulurent pas de cela car ils étaient très unis. Il fallait seulement attendre que tous aient acquis les qualités nécessaires pour arriver jusqu’à l’arbre. C’est ce qu’ils firent et ils travaillèrent beaucoup et firent beaucoup d’efforts pour acquérir les qualités nécessaires. Une fois les qualités acquises, ils furent tous de la même opinion en ce qui concernait la direction à prendre pour arriver jusqu’à l’arbre. Ils partirent tous et ils marchèrent longtemps. Ils finirent par apercevoir l’arbre de loin. Puis ils regardèrent attentivement : l’arbre se dressait ‘nulle part’ ! Il n’avait pas de lieu. Et s’il n’avait pas de lieu, comment arriver jusqu’à lui ?
J’étais avec eux et je leur dis : Je peux vous amener jusqu’à l’arbre. En effet, l’arbre n’a pas de lieu car il est au-delà de l’espace terrestre. Cependant, la caractéristique du ‘moindre qui contient Je plus’, fait entrer en jeu la notion d’espace, si peu que ce soit. Bien qu’il s’agisse d’un ‘moindre qui contient le plus’, il y a quand-même quelque espace. Et ma qualité de ‘moindre qui contient le plus’ est tellement élevée qu’elle se trouve à l’extrême fin de l’espace, au-delà de quoi ou ne peut plus parler d’espace. Ainsi, je peux tous vous emmener jusqu’à l’arbre qui est au-dessus de l’espace.
(Le mendiant bossu est une position médiane entre l’espace et ce qui est au-dessus de l’espace car il est un ‘moindre qui contient le plus’, ce qui est l’extrémité de l’espace, au-dessus de quoi on ne peut plus parler d’espace. Il pouvait donc les faire sortir de l’espace et les emmener plus haut que l’espace.)
Je les pris et les emmenai jusqu’à l’arbre. Je peux donc prouver que je possède bien cette qualité du ‘moindre qui contient le plus’.
(C’était la raison pour laquelle il semblait être bossu, car il portait beaucoup de choses, étant donné qu’il était un ‘moindre qui contient le plus’.)
Aujourd’hui je vous fais ce cadeau pour que vous puissiez être comme moi. "
La joie et l’allégresse furent grandes.
Le sixième jour, ils furent encore joyeux. Puis ils languirent de faire venir le mendiant qui n’avait pas de mains. Alors, il entra et dit : " Je suis là ! Je suis venu à votre mariage " , et il leur dit la même chose que les autres, se précipita vers eux et les embrassa.
Puis il dit : " Vous pensez que je suis infirme, à cause de mes mains. Il n’en est rien. J’ai de la force dans les mains, mais je n’utilise pas la force de mes mains en ce monde, car j’ai besoin de cette force pour quelque chose d’autre, et le Château des Eaux peut en attester :
Un jour, quelques hommes et moi étions réunis. Chacun vantait la force de ses mains. Celui-ci se vantait d’avoir telle puissance dans ses mains, celui-là se vantait d’avoir telle puissance. Ainsi, chacun vantait la puissance de ses mains. Par exemple, celui-ci se vantait d’avoir certains pouvoirs et certaine puissance qui lui permettaient de faire revenir vers lui une flèche après qu’il l’eût lancée. Bien que la flèche ait été lancée, il pouvait la faire revenir et la rapporter, tellement ses mains étaient fortes. Je lui demandai : " Quelle sorte de flèche peux-tu faire revenir ? "
En effet il y a dix sortes de flèches différentes, car il y a dix sortes de poisons. Quand on lance une flèche, on l’enduit auparavant de poison. Il y a dix sortes de poisons pour enduire les flèches. Lorsqu’on enduit la flèche d’un poison, la flèche est dangereuse à un certain degré. Lorsqu'on enduit la flèche d’un autre poison, la flèche est dangereuse à un autre degré. Il en est ainsi pour les dix sortes de poisons. Chaque poison est plus mauvais que l’autre, plus dangereux. Le mendiant lui demanda donc quelle sorte de flèche il pouvait faire revenir. Il lui demanda aussi s’il pouvait faire revenir la flèche avant qu’elle n’eût atteint la cible. Et il dit : " Mais quelle sorte de flèche peux-tu faire revenir ? "
L’autre lui répondit : " Je peux faire revenir telle sorte et telle sorte . "
Le mendiant poursuivit : " Je lui dis alors : tu ne peux pas guérir la Princesse. Si tu ne peux faire revenir qu’une sorte de flèche, tu ne peux pas guérir la Princesse. "
Un autre se vantait d’avoir de tels pouvoirs dans les mains, que lorsqu’il prenait quelque chose à quelqu’un, il pouvait le lui rendre. Il devait être très charitable. Je lui demandai : " Quelle sorte de charité fais-tu ? " Il me répondit qu’il donnait la dîme. Je m’écriai : " Si c’est ainsi, tu ne peux pas guérir la Princesse, car tu ne peux pas arriver à son lieu. En effet tu ne donnes que la dîme et tu ne peux franchir qu’un rempart. Par conséquent, tu ne peux pas arriver jusqu’à elle. "
Un autre se vantait d’avoir certains pouvoirs. Il y a dans le monde des gouverneurs, des gens haut placés qui gouvernent une ville ou un pays. Chacun a besoin de sagesse. " J’ai de tels pouvoirs dans les mains que je peux accorder de la sagesse à ces hommes en apposant mes mains sur eux. " Je lui demandai : " Etant donné qu’il y a dix mesures de sagesse (Berachot 22a), quelle sorte de sagesse peux-tu accorder grâce à tes mains ? " Il répondit : " Je peux accorder telle et telle. " Je m’écriai : " Tu ne peux pas guérir la Princesse. En effet tu ne peux pas connaître son pouls car il y a dix sortes de pouls. Tu ne peux connaître qu’une sorte de pouls, car tu ne peux accorder qu’une sorte de sagesse grâce à tes mains "
Un autre se vantait d’avoir certains pouvoirs. Il y avait une tempête qu’il pouvait arrêter de ses mains. Il pouvait saisir le vent et l’arrêter, le contrôler et faire en sorte que le vent fût comme il le fallait, avec mesure. Je lui demandai : " Quelle sorte de vent peux-tu saisir avec tes mains ? Il y a dix vents différents. " Il répondit : " Tel et tel vent. " Je m’écriai : " Tu ne peux pas guérir la Princesse, car tu ne peux pas lui jouer la mélodie. En effet il y a dix sortes de mélodies et la guérison de la Princesse dépend des mélodies. Et tu ne peux lui jouer qu’une mélodie. "
Tout le monde s’écria : " Que peux-tu faire ? " Je répondis : je peux tout ce que vous ne pouvez pas. Les neuf choses que vous ne pouvez pas accomplir, je peux, moi, les accomplir. Voici l’histoire :
Il était une fois un roi qui désirait une princesse Il se donna beaucoup de mal pour imaginer des stratagèmes afin de s’emparer d’elle. Finalement, il s’empara d’elle. Elle vécut chez lui. Un jour le roi rêva que la Princesse se révoltait et le tuait. Il se réveilla mais le rêve resta gravé dans son cœur. Il fit venir tous les interprètes de songes. Ils interprétèrent son rêve littéralement. c’est-à-dire que le rêve se réaliserait, la Princesse allait tuer le roi.
Le roi ne savait pas quoi faire, comment agir avec elle. La tuer ? Il en aurait trop de douleur. L’exiler ? Cela le rendrait triste, car un autre la prendrait et i1 serait très triste, car il avait fait beaucoup d’efforts pour s’emparer d’elle, et maintenant elle irait vers un autre. D’autre part. s’il la délivrait et si elle allait vers un autre, le rêve se réaliserait sûrement et elle viendrait le tuer, puisqu’elle serait auprès d’un autre. Et s’il la gardait auprès de lui, il aurait peur du fait du rêve. Il ne savait que faire avec elle . Son amour pour elle se détériora petit à petit à cause du rêve. Il se détériora de plus en plus. Même elle, son amour se détériora de plus en plus, et elle finit par le haïr. Et elle s’enfuit de chez lui. Le roi envoya à sa recherche. On arriva et dit au roi qu’elle était au Château des Eaux.
Il y a un château construit avec de l’eau. Il y a aussi dix remparts, les uns dans les autres, qui sont tous en eau. Et le sol sur lequel on marche dans le château est aussi en eau, ainsi que le jardin, les arbres et les fruits. Tout est en eau. On ne peut décrire la beauté et l’aspect merveilleux du Château, tellement il est extraordinaire. Le Château tout entier est en eau. Bien sûr, on ne peut pas entrer dans le Château, car on se noierait, puisque le Château tout entier est en eau. Lorsque la Princesse s’était enfuie, elle était arrivée au Château. Elle avait marché autour du Château.
On avait donc dit au roi qu’elle se trouvait quelque part près du Château des Eaux. Le roi se mit en route avec toutes ses armées pour s’emparer d’elle. Lorsque la Princesse les aperçut, elle décida de s’enfuir dans le Château, quitte à se noyer, plutôt que de tomber entre les mains du roi et d’être à lui. Peut-être pourrait-elle se sauver et s’enfermer dans le Château des Eaux. Lorsque le roi la vit s’enfuir dans le Château des Eaux, il dit : " Ah, c’est comme ça ? ", et il ordonna à ses hommes de tirer sur elle, et si elle devait mourir, qu’elle meure ! On tira sur elle et elle fut atteinte par les dix sortes de flèches enduites des dix sortes de poisons. La Princesse s’enfuit dans le Château des Eaux et y pénétra. Elle franchit toutes les portes des remparts d’eau, car il y avait des portes dans les remparts d’eau. Elle franchit toutes les portes des dix remparts du Château des Eaux. Et elle fut à l’intérieur du Château des Eaux. Elle tomba et resta là-bas, malade. "
Le mendiant poursuivit son récit :
" Je la guéris ! Celui qui n’a pas dans ses mains les dix sortes de charité ne peut pas franchir les dix remparts du Château des Eaux, car il pourrait se noyer dans ces eaux. Le roi et ses hommes pourchassèrent la Princesse et ils se noyèrent tous dans les eaux. Et moi, je puis franchir les dix remparts du Château des Eaux. Les dix remparts d’eau sont les dix vagues de la mer qui se dressent comme des remparts. Et les vents supportent les vagues de la mer et les font se soulever. Et les vagues, qui sont les dix remparts, se dressent toujours là-bas car les vents soutiennent et font se soulever les vagues. Je puis franchir les dix remparts du Château des Eaux et je peux extraire de la Princesse les dix flèches différentes. Je connais les dix sortes de pouls grâce aux dix doigts, car grâce à chacun des dix doigts on peut connaître chaque pouls en particulier. Et je puis guérir la Princesse grâce aux dix mélodies différentes, car sa guérison dépend des mélodies. C’est pourquoi je guéris la Princesse. J’ai donc de grands pouvoirs dans les mains. Aujourd’hui je vous fais ce cadeau. "
La joie fut grande, tous furent joyeux.
" Il m’est pénible de raconter cette histoire. Mais j’ai commencé à la raconter. je dois continuer. Dans cette histoire, il n’est pas un mot qui n’ait quelque intention. Celui qui connaît bien les livres saints peut comprendre un peu et appréhender.
Les flèches dont certain se vante de pouvoir faire revenir vers lui sont citées dans le verset : " quand ma main s’armera du châtiment " (Deut. 32,4l).
La charité qui correspond aux remparts d’eau, on en parle dans le verset : " et ton bonheur comme les flots de la mer " (Is. 48,18).
Les dix sortes de pouls et les dix sortes de mélodies sont citées dans le Zohar (Tikouney-Zohar 69).
Mais qui, quand, quoi... "
Le Rebbe n’a pas parlé plus avant. Il voulait dire : qui sont-ils tous, quand cela s’est-il passé, et qu’est ce que cela signifie... On ne peut pas le savoir.
La suite de l’histoire, ce qui est arrivé le septième jour avec le mendiant qui n’avait pas de pieds, ainsi que la suite de l’histoire du prince, par laquelle il avait commencé, il ne les a pas racontées et il a dit qu’il ne les raconterait pas et que l’on n’en entendrait pas la fin avant que ne vienne le Messie, bientôt et de nos jours, amen.
Il a dit aussi : " Si je ne savais rien d’autre que cette histoire, je serais quand même une ‘grande nouveauté’ ! "
Car cette histoire est extraordinaire. Elle renferme beaucoup de Moussar (morale), beaucoup de Torah, car elle renferme de nombreux enseignements. Elle parle d’un grand nombre des premiers Tsaddikim, comme le Roi David, la paix soi sur lui.
En effet, le Roi David se tenait à une extrémité du monde, et il a crié vers la source qui coule près de la pierre sur la montagne, comme dans l’histoire. En effet, il est dit dans les Psaumes (61,3) : " De l’extrémité du pays je crie vers toi, alors que mon cœur tombe en défaillance : puisses-tu me mener sur un rocher qui domine de haut ! " Le thème de David appartient au troisième jour, où l’on parle du cœur et de la source. "
Cette histoire renferme de grands secrets de la Torah. Du début à la fin, toutes les histoires de ce livre renferment de grands secrets de la Torah. Chaque mot, chaque sujet a une signification autre. Et cette histoire est la plus grande de toutes.

