UN CONTE




“Maintenant, je vais commencer à dire des contes!” a dit un jour Rabbi Na’hman. Après avoir révélé l’origine inspirée de ces contes, il précisa qu’ils n’étaient pas desti-nés à endormir mais à réveiller. A réveiller notre cœur et notre âme au moyen d’histoires magnifiques, pleines de sagesse et d’éthique et dont la forme pare d’une poésie sublime le contenu mystique le plus profond (Likouté Moharane I, 60).

Nous allons présenter ici un extrait du neuvième conte: L’ HISTOIRE DE ‘HA-HAM ET DE TAM (le Sage et le Simple). Nous essayerons par la suite d’en tirer une réflexion. Voici tout d’abord un résumé du conte:

Deux enfants, nés dans la même ville vont à la même école où ils se lient d’amitié malgré leur différence. L’un est fin, rusé, subtil à l’extrême: ‘HAHAM. L’autre est simple, intègre, pur: Tam. Ils grandissent et se séparent. Tam devient enfin cordon-nier au prix de pénibles efforts, mais il trouve bonheur et plénitude dans l’exercice de son petit métier, en compagnie de son épouse qui partage avec lui sa ration de pain. ‘HAHAMpart à la recherche d’une carrière plus brillante. L’aventure l’emmène de Varsovie à Livourne, d’Italie en Espagne où il devient orfèvre d’art, bijoutier puis docteur.

Au sommet de sa gloire, il revient au pays et retrouve son ami Tam. Bien mal à l’aise, car l’auberge n’est pas de son rang, il accepte toutefois de séjourner chez son ancien ami. Très vite une polémique insoluble les divise: ‘HAHAMtraite Tam de naïf, d’idiot.
— Que Dieu t’accorde de devenir simple comme moi! lui dit Tam.
— Si je deviens fou, je serais comme toi. Mais toi, tu ne peux en aucun cas devenir le génie que je suis! rétorqua ‘HAHAM.
— Pour Dieu tout est possible, en un clin d’œil je peux arriver à ta hauteur!
Empli d’aigreur et d’amertume et ne trouvant rien à son goût, ‘HAHAMn’envie pas du tout son ami et il se met à rire...

Sur ces entrefaites, le roi entend parler de ces deux amis aux noms si opposés (ainsi les avait-on surnommés). Il décide de les convoquer. Il fait donc envoyer deux messagers: un homme simple pour Tam, un autre sage pour ‘HAHAM. En chemin, les deux messagers s’arrêtent chez le gouverneur de la province et exposent leur mis-sion. Le gouverneur s’informe, et apprenant que Tam n’avait pour tout vêtement qu’une vieille fourrure, il lui fait faire un habit pour qu’il soit digne de comparaître devant le roi. Quand le messager envoyé chez Tam atteint son but et annonce sa mis-sion, le cordonnier lui demande: “Vous ne vous moquez pas?” L’autre répond que non, alors il le suit et revêt les beaux vêtements qui l’attendaient dans le carrosse.

Entre temps, le gouverneur a été dénoncé à cause de sa mauvaise conduite. Le roi veut le destituer. Une idée géniale lui vient: pourquoi ne pas nommer Tam gouver-neur? Des cavaliers rapides courent annoncer la décision du roi dans la ville du gou-verneur et, quand à son tour Tam arrive à la grande ville, c’est une foule qui l’accueille et l’acclame.

Sans faire de ruses ni de calculs, Tam accepte la fonction et se met à gouverner la province avec ses qualités de sincérité, d’honnêteté et de pureté. Il gagne l’amour et la crainte du peuple qu’il juge avec droiture et sans la moindre corruption. Pour gérer un pays, pas besoin de grandes sciences ni de tactiques: il suffit d’être droit et simple! Et le voici qui se prépare à rendre visite un jour au roi. Il avait reçu, au préalable, l’éducation nécessaire afin de pouvoir soutenir la conversation avec le souverain.

“Tiens, se dit-il en cours d’études, me voici déjà arrivé au niveau de ‘HAHAM.” Pour-tant, il n’employa aucune de ses connaissances, mais continua à gouverner dans la simplicité et la droiture. Le roi l’appela. En conversant avec lui, il apprécia fort son éducation et admira son honnêteté. Il décida de le nommer ministre et de lui faire construire un magnifique palais...

Quant à ‘HAHAM, lorsque le messager vint à lui, il se mit à spéculer si finement qu’il en arriva à trouver absurde toute l’histoire. Il parvint à convaincre le messager que toute cette mission était imaginaire et que finalement le roi n’existait pas: “L’as-tu vu en personne? Non, alors tu vois...”

Forts de cette découverte, les voici tous deux partis par monts et par vaux prêcher dans les pays leur théorie, en s’enfonçant de plus en plus dans leur système et en trouvant des “preuves” flagrantes. Entre temps leurs ressources s’amenuisent, ils vendent leurs chevaux, leur carrosse, mais continuent à tenir des conférences malgré l’indifférence de leur auditoire qui, pour ces deux errants, n’a plus la moindre consi-dération.

Au cours de leur pérégrination, ils arrivent dans la ville du gouverneur. Les voilà devant une maison entourée de voitures et on leur apprend qu’ici demeure un Baal Chem miraculeux qui guérit des malades et écrit des formules protectrices. “Un Baal Chem miraculeux! s’exclament-ils, cette histoire est encore plus absurde que celle du roi!”

Et les voici partis dans une polémique, pleins de cynisme et de raillerie. Ils entrent dans une gargote pour manger. Au cours du repas, à voix haute, ils se moquent du Baal Chem. Les gens les entendent et se fâchent. Comme ils insistent, on les bat et les jette dehors. Furieux, ils s’adressent à la police, puis aux juges qui ne prennent pas leur plainte en considération. Alors, ils décident de s’en remettre au gouverneur, ignorant que ce dernier n’est autre que Tam.

Quand le ministre reconnaît son vieil ami usé et en haillons, il lui dit plein de gra-vité: “Regarde où ton intelligence t’a amené?” ‘HAHAMqui ne l’a pas reconnu per-siste et réclame justice pour les coups qu’il a reçus.

Entre temps un étrange messager s’introduit dans le palais, qui a pour mission d’emmener ‘HAHAM. Il l’emporte et le jette dans une mer de boue gluante et des démons commencent à le persécuter. Notant sa disparition, Tam s’adresse au Baal Chem et l’implore de l’aider à le retrouver et à le faire sortir de son enfer. Tam et le Baal Chem arrivent ensemble devant l’océan de boue où gît le misérable. “Tu t’accroches encore à tes ruses? Ne vois-tu pas que le Baal Chem dont tu riais est ici?”

Le Baal Chem fit en sorte que la boue et les démons disparaissent et ‘HAHAM, sur la terre sèche, dut bien reconnaître qu’il avait tort et que le Roi existait...

Mardi 28 Mars 2006
Lu 1356 fois


Générale | Les Contes | Le Tikoun | Voyage a OUMAN | Florilege du Rav Besancon | Reponses aux questions | Cours Texte | Cours Video | Script | Paracha de la semaine | Vidéos Likoutey Halakhot | Vidéos | La Minute de Rabbi NAHMAN | English | Cours Audio (MP3) | Musique en vidéo